Actes 9
18 Aussitôt, des sortes d'écailles tombèrent des yeux de Saul et il put voir de nouveau. Il se leva et fut baptisé ; 19 puis il mangea et les forces lui revinrent. Saul resta quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas.
20 Il se mit immédiatement à prêcher dans les synagogues, en proclamant que Jésus est le Fils de Dieu. 21 Tous ceux qui l'entendaient étaient étonnés et demandaient : « N'est-ce pas cet homme qui persécutait violemment à Jérusalem ceux qui font appel au nom de Jésus ? Et n'est-il pas venu ici exprès pour les arrêter et les ramener aux chefs des prêtres ? » 22 Mais Saul se montrait toujours plus convaincant : les Juifs qui vivaient à Damas ne savaient plus que lui répondre quand il leur démontrait que Jésus est le Messie.
23 Après un certain temps, les Juifs prirent ensemble la décision de faire mourir Saul, 24 mais il fut averti de leur complot. On surveillait les portes de la ville jour et nuit, afin de le mettre à mort. 25 Alors les disciples de Saul l'emmenèrent de nuit pour le faire passer de l'autre côté du mur de la ville, en le descendant dans une corbeille.
26 Arrivé à Jérusalem, Saul essaya de se joindre aux disciples ; mais tous en avaient peur, car ils ne croyaient pas qu'il fût vraiment un disciple. 27 Barnabas le prit alors avec lui et le conduisit auprès des apôtres. Il leur raconta comment Saul avait vu le Seigneur en cours de route et comment le Seigneur lui avait parlé. Il leur dit aussi avec quelle assurance Saul avait prêché au nom de Jésus à Damas. 28 A partir de ce moment, Saul se tint avec eux, il allait et venait dans Jérusalem et prêchait avec assurance au nom du Seigneur. 29 Il s'adressait aussi aux Juifs de langue grecque et discutait avec eux ; mais ceux-ci cherchaient à le faire mourir. 30 Quand les frères l'apprirent, ils conduisirent Saul à Césarée, d'où ils le firent partir pour Tarse.


Chers frères et soeurs,

nous continuons notre chemin de carême, nous continuons à sonder ce mystère partiellement révélé, celui de la souffrance. Nous disions la semaine dernière que la prédication du royaume était au coeur des prédications de Jésus. Le royaume est là; il est déjà là, mais il est encore à venir. Nous vivons ainsi entre un « déjà » et un « pas encore ». Déjà la victoire, mais encore les défaites. Encore des batailles perdues, mais déjà des victoires remportées... Sachant que la perspective générale est celle d'une certitude... même si les soubresauts agitent encore ce monde, tout est déjà gagnée, car nous connaissons l'issue finale.
Paul se trouve donc comme nous dans cette échelle du temps du salut. Déjà il annonce le Christ, déjà des gens se convertissent, déjà sa parole est accompagnée des signes du salut, mais encore pour un moment la rage de ceux qui ne veulent pas de Jésus, de ceux qui, emportés par un esprit d'opposition vont jusqu'à vouloir la mort de celui qui parle. Il faut croire que lorsque nous n'avons que la parole ce n'est pas peu de choses alors que parfois les mots, les déclarations, les prédications peuvent sembler justement être peu de choses...
La prophétie concernant l'apôtre Paul annonçait qu'il avait été choisi, et qu'il allait particulièrement souffrir pour annoncer Jésus. Si nous avons évoqué les souffrances de ce monde, peut-être aussi les souffrances injustes et absurdes, nous n'avons pas encore évoqué la souffrance qui découle de notre fidélité au Christ. Nous comprenons au moins en partie les raisons de la violence qu'il va déchaîner.
D'abord il annonce Jésus alors que c'était déjà une levée progressive de bouclier contre cette annonce.
D'autre part Paul était un excellent juif, c'est-à-dire qu'il avait été juif avec rigueur, avec ferveur, avec intelligence, ayant été formé par les meilleurs maîtres de son époque.
Ensuite il ne se contente pas d'annoncer le Christ, il devient un contradicteur. Les Actes le présentent comme prouvant par les Ecritures que Jésus était le Christ.
Ensuite c'est un prédicateur à succès. Même si l'écho rencontré par sa prédication est parfois mauvais, moyen ou très bon, en tout cas c'est un prédicateur infatigable. Le plus souvent sa parole porte du fruit. Et il reste aussi longtemps qu'il le faut sur place, organise ses tournées, consolide le travail accompli, entretient une correspondance.
Ensuite c'est un prédicateur dont la prédication est accompagnée de signes miraculeux. C'est déjà ce qui avait occasionné de vives réactions de la part de ceux qui avaient décidés de faire exécuter le Christ. Face à une idée on peut, certes, opposer d'autres idées, mais face aux miracles que peut-on opposer ? On peut tout au plus faire taire, éliminer celui qui parle et agit. Et nous savons que c'est bien ce qui, au fil des ans, va arriver à Paul aussi. Il sera jeté en prison, le Nouveau Testament nous apprend qu'il va être jugé à Rome parce qu'il est citoyen romain. Et puis Paul disparaît, nous ne connaissons pas le dernier acte de sa vie.
Nous n'avons pas à mener la vie de Paul, à chacun sa vocation. Mais la fidélité au Christ nous amènera obligatoirement à parler et à agir, à cause de lui. Je laisse de côté ce qui pourrait être occasionné par notre maladresse pour ne retenir que l'aspect essentiel de la vérité. Oui il est vrai que nous sommes menés à témoigner, notre comportement sera aussi éthique. Quand on est honnête dans une entreprise, oui il y a un prix à payer. Quand on est vrai dans les rapports humains, oui cela aura des conséquences. Quand on refuse de se livrer à des formes de manipulations, quand on refusera des formes de débauches, quand on se refuse de réduire un homme ou une femme à un adversaire, quand on croit que la liberté et l'amour – aussi de la parole et des actions – sont tellement essentielle, oui pour certains c'est insupportable. Quand on rappelle que la grande valeur est celle de l'amour, de la solidarité, de la communion à la vérité et les uns avec les autres, oui il y aura bien un prix à payer. Et dans bien des pays, dans bien des conditions mentionner notre foi en Jésus suscite la moquerie, le rejet et même parfois la persécution.
« Déjà », « pas encore »... mais nous ne sommes pas de ceux qui retournent en arrière, nous allons vers le but, avec ceux et celles que nous entraînerons dans ce salut qui nous est si cher.
L'idée n'est pas de courir vers les difficultés mais, comme nous le disait Alain Arnoux dimanche, d'affermir notre visage pour tenir bon. Tenons bon et allons de l'avant. Amen.
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Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 22 Mars 2009 à 07:45
2009 - 3ème veillée de carême
Le royaume de Dieu...

Nous avons médité durant les première semaines le fait que la souffrance était incontournable dans notre vie, par ailleurs nous disions aussi que c'était un malentendu que d'attendre, pour le Messie comme pour nous-mêmes, une vie, une qualité de vie qui irait en s'accroissant. Comment donc, le Christ viendrait et, tel le soleil prenant son élan, il irait jusqu'à son zénith et le monde entier en bénéficierait... Et nous aussi, de la naissance jusqu'à l'âge d'homme mûr nous irions, parce que nous sommes chrétiens, connus et aimés de Dieu, jusqu'à une position enviée : réussite, santé, préservation du mal, etc. Cette pensée fait oublier la place de la souffrance et plus que cela, elle tente de faire oublier que nous sommes appelés à une vie de disciple nous demandant, phrase rude, de porter sa croix. Que ce soit par notre une vie tout simplement humaine ou parce que la vie chrétienne est un chemin étroit, oui la souffrance fait partie de la vie et le nier serait tout simplement nier une réalité proche de l'évidence.

Aujourd'hui je voudrais méditer avec vous une autre notion précieuse pour comprendre l'espérance, le drame et le salut. Cette notion, prêchée par Jésus dès le commencement, va se développer et devenir peu à peu la perspective générale du salut. Il s'agit du royaume de Dieu prêché par Jésus depuis le premier jour.

Le commencement est très souvent utile pour comprendre la fin. Ainsi l'Evangile de Marc débute par l'annonce du royaume, c'est le cœur du message de Jésus. Peut-être remarquerez-vous que ce thème n'est pas dominant dans la vie de l'Eglise… pourtant c'est un thème majeur.
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Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 12 Mars 2009 à 10:31

Marc 11

Ils partirent donc et trouvèrent un âne dehors, dans la rue, attaché à la porte d'une maison. Ils le détachèrent. 5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur demandèrent : « Que faites-vous ? pourquoi détachez-vous cet ânon ? » 6 Ils leur répondirent ce que Jésus avait dit, et on les laissa aller. 7 Ils amenèrent l'ânon à Jésus ; ils posèrent leurs manteaux sur l'animal, et Jésus s'assit dessus g . 8 Beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, et d'autres y mirent des branches vertes qu'ils avaient coupées dans la campagne h . 9 Ceux qui marchaient devant Jésus et ceux qui le suivaient criaient : « Gloire à Dieu ! Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur ! 10 Que Dieu bénisse le royaume qui vient, le royaume de David notre père ! Gloire à Dieu dans les cieux i ! »


Chers frères et sœurs

Jeudi dernier lors de notre première méditation nous soulignions que Notre Père est dans le secret de nos vies, il nous entend, il nous voit et c'est particulièrement vrai quand nous sommes dans la souffrance.

Nous voulons tous d'une vie qui serait montée vers le bonheur. C'est ainsi que nous sommes tous à la recherche d'une harmonie, celle d'un bonheur personnel, mais aussi de la paix entre les hommes, à la recherche d'une stabilité politique. Une aspiration à une justice, à une entente, tout cela soulève notre poitrine et tout cela était déjà le désir profond des croyants d'Israël.

Trois réalités profondes devaient être unies, réunies, afin de répondre à cette aspiration à la paix. Ces trois réalités sont les rois, les prêtres et les prophètes. Autrement dit l'accord, l'unité entre le pouvoir militaire, le pouvoir religieux et la parole de vérité, libre de toute institution, ouverte à l'inspiration la plus authentique !
Moïse a ainsi été l'un des grands car il fut à la fois libérateur, meneur d'homme, chef militaire et religieux inspiré !
Mais ces temps furent des exceptions car très souvent l'histoire d'Israël correspondit à la dégénérescence ou à l'absence de l'un ou de l'autre.
Ainsi le roi peut se prendre au jeu de la politique, il peut être pris dans les luttes de succession, il peut être tenté par des idolâtries, par ces alliances contraires à la notion de peuple élu. Le roi peut oublier qui l'a fait roi...

Le pouvoir religieux, , celui d'Israël comme celui de tous les temps, peut s'enfoncer dans un formalisme purement extérieur. La religion peut n'être qu'une forme, une coquille vide, des rites vidés de leurs sens premiers. Et les hommes qui exercent la fonction de prêtres peuvent s'intéresser au pouvoir, à exercer des pressions sur les personnes, à céder à l'appât du gain, etc.

Des prophètes, les troisièmes de notre trilogie, il faut d'abord savoir si ce sont de vrais ou de faux prophètes ! La question n'est pas simple, pour s'en convaincre il suffit que chacun se demande quelle est la volonté pour Dieu dans sa vie... L'idée qui me traverse de qui vient-elle ? Le sentiment, mon ressenti… quelles en est sont les origines ? Une notion de faute, un enthousiasme, une logique serrée… et Dieu dans tout cela ? Où est l'Esprit Saint, quelle est la bonne inspiration ? Et l'Esprit parle-t-il quand une majorité à voté à bulletin secret ou à main levée... ? Non, la question n'est pas simple. Quand un homme surgit, qu'il n'a pas été formé à bonne école, qu'il n'est recommandé de nulle part, pourquoi l'écouter ? « Qui t'a donné autorité » demandèrent souvent les rabbins à Jésus.

Roi, prêtre, prophète, l'espérance voulait qu'en un seul homme, comme ce fut le cas en Moïse, tout soit réuni. Et l'aspiration à la paix évoquée en introduction pouvait prendre corps en Jésus.
Quand Jésus guérissait, quand Jésus nourrit la foule, celle-ci, tout naturellement voulu qu'il monte à Jérusalem, qu'il devienne roi. Et si le roi était aussi chef militaire, c'est tant mieux car il fallait buter les Romains hors du pays !

Frères et soeurs, que pourrait-il bien se passer quand on attend tout d'un seul homme ? À échelle humaine ce sera évidemment impossible, c'est l'échec à tous les coups. Pourtant il s'agit là de Jésus qui, pour nous, n'est pas qu'un humain. Notre attente est effectivement totale. Et dans ce cas ce n'est pas qu'il ne puisse pas réaliser notre attente comme un humain en qui nous mettrions notre confiance, mais par contre nous aussi nous avons à éviter un malentendu.
Roi, prêtre, prophète… oui il l'est. Mais souvenons-nous de la méditation de la semaine dernière, il a quelque chose à accomplir, une délivrance à donner qui va au-delà de la patrie, au-delà d'un bonheur personnel, au-delà de la fusion des pouvoirs temporels et spirituels.
Le Christ annonce le salut, pourtant il va aller vers la mort. Il y a donc décalage, divergence, malentendu. Comment concilier la délivrance avec la mort ?! Notre idée à nous est bien plus simple, plus facile, répétons-la une nouvelle fois : dès lors que Dieu est présent, cette présence correspond au recul des ténèbres, à la défaite du mal, à l'avancée de la justice. Etc. Oui qu'il avance comme un roi victorieux !
Pourtant nos veillées de carêmes, notre chemin de carême, se veulent chemin pour approfondir ce que le Christ a réalisé d'autre, de différent, par la souffrance et par la mort.
Soulevons un coin du voile... si nous en parlons aujourd'hui ce n'est pas parce qu'il a souffert et qu'il est mort, mais parce qu'il est ressuscité !
Les disciples, les contemporains, les croyants de tous les temps sont devant le mystère, l'adoration, l'exploration du salut qui a été accompli.
Puisqu'il était bien et roi, et prêtre, et prophète, qu'a-t-il accompli ? Et si nous avons quitté le malentendu, quel est le « bien entendu » dont il faut se saisir ? Le carême nous conduira dans ce chemin. Amen.


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Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 5 Mars 2009 à 16:57

Matthieu 6

16 « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme font les hypocrites : ils changent de visage pour que tout le monde voie qu'ils jeûnent. Je vous le déclare, c'est la vérité : ils ont déjà leur récompense. 17 Mais toi, quand tu jeûnes, lave-toi le visage et parfume ta tête, 18 afin que les gens ne se rendent pas compte que tu jeûnes. Seul ton Père qui est là, dans le secret, le saura ; et ton Père, qui voit ce que tu fais en secret, te récompensera. »
19 « Ne vous amassez pas des richesses dans ce monde, où les vers et la rouille détruisent, où les cambrioleurs forcent les serrures pour voler. 20 Amassez-vous plutôt des richesses dans le ciel, où il n'y a ni vers ni rouille pour détruire, ni cambrioleurs pour forcer les serrures et voler. 21 Car ton coeur sera toujours là où sont tes richesses. »


Chers amis,

Nous commençons cette période de carême et, comme annoncé en introduction, nous allons peu à peu quitter l'idée d'un salut clair, en accord avec notre logique, pour sonder peu à peu ce qui est relatif à la souffrance et puis même à la mort.

Souffrance et mort... ? Quelles questions ! Nous pouvons effectivement avoir envie de faire demi-tour. Nous pouvons souhaiter une vie sans souffrance, une lutte contre tous les maux de la terre, ne voulons-nous pas justement un monde apaisé, juste, fraternel, équitable, guéri ?

L'apôtre Pierre a eu la même idée et s'étant approché de Jésus après que ce dernier eut évoqué la souffrance et la mort prochaine du Messie qu'il était, lui dit que ce n'était pas le bon chemin ! Jésus le reprit, il ne se contenta pas de dire qu'il avait tort, ou ne pas avoir peur, il lui dit carrément « arrière de moi satan ».

Nous voici donc avec cette même interrogation. Celle qui concerne le Messie, celle aussi qui concerne tout ce que nous avons à vivre et à croire...

Devant la souffrance il ne s'agit pas de résignation mais d'humilité. Ne devons-nous pas humblement reconnaître que la souffrance fait partie de la vie ? La souffrance, oui, et également les échecs, aussi les injustices. Nous voulons reconnaître ensemble que nous sommes parfois broyés par ce qui nous arrive. Broyés, c'est bien le terme et quand nous sommes broyés nous n'arrivons pas du tout à penser, pas du tout à faire confiance, pas du tout à envisager un autre avenir. A ce moment-là je ne suis plus un humain avec une volonté, une énergie, une capacité, je suis un cri, un cri qui s'élève, un cri qui lézarde mon être en crevasses profondes. Je suis alors un cri – qu'il soit exprimé ou non.

Que faire de la question de la souffrance, que faire de la réalité de la souffrance dans nos vies ? La question est immense, elle est sensible, elle va au plus profond. Même si les progrès de la médecine nous réjouissent, même s'il n'y aucune raison de souffrir quand on accouche, quand on va chez le dentiste ou qu'on est sur un lit d'hôpital, la souffrance nous trouve et nous retrouve toujours. C'est parfois le corps, c'est parfois les sentiments, parfois aussi notre âme. Nous avons régulièrement rendez-vous avec la souffrance.
Elle s'invite même quand nous n'avons rien demandé.
La souffrance comprise est déjà immense, il nous suffit d'évoquer les catastrophes et les injustices de par le monde. C'est déjà décevant, repoussant, révoltant, traumatisant. Mais quand la souffrance n'a pas de sens, elle nous interroge encore plus. Pourquoi suis-je malade ? Pourquoi cet accident m'est-il arrivé ? Pourquoi un bonheur est-il anéanti ? Pourquoi un jeune enfant se meurt-il de sa leucémie ?
Vous le voyez bien, il ne s'agit pas d'un jeu de questions pour intellectuels, la souffrance nous entraîne face à ce qui est terrible. Cette question de la souffrance nous meurtrit, et même ici nous ne pouvons pas en parler longtemps car les réalités évoquées sont tellement redoutables et même les paroles ne sont pas toujours adéquates.

Durant ce carême nous allons donc nous rapprocher de plus en plus de la crise jusqu'à son paroxysme, jusqu'à la mort sur la croix.

Aujourd'hui je terminerai par la simple évocation de ce verset 18 « Seul ton Père qui est là dans le secret... » Ce verset évoque la prière, il évoque aussi cette intimité avec Dieu dans tous les malheurs. Quand nous trébuchons dans notre marche, quand nous tâtonnons pour comprendre, il y a là une réalité dont la foi peut se saisir. « Seul ton Père qui est là dans le secret... »
Dieu n'est pas quelqu'un qui punit, il est celui qui se tient au plus proche, au plus intime, il est celui qui sait, qui voit, qui accompagne. Et même Dieu se retrouva devant la souffrance et la mort de son Fils, il ne va pas se détourner mais va accompagner, vivre la mort de son Fils.

Dieu peut-il parfois intervenir et aider ? Evidemment. Mais plus fondamentalement Dieu qui « permet » nous accompagne dans la souffrance, jusque dans les plus grandes souffrances. « Seul ton Père qui est là dans le secret... »

Jésus a continuellement cherché le sens, le chemin, son destin en ce lien si intime, si vital, si décisif. Le sens de la souffrance, le sens de la vie, le sens de ce qui n'a pas de sens ne peuvent pas être donnés lors d'une méditation ou d'une conférence.
Le sens ultime est un mystère parfois partiellement levé, mais jamais totalement éclairci. Ce mystère se vivra en une présence, une présence aimante, une présence qui conduit pas à pas en une vérité inimaginée au départ et qui sera totalement révélée dans cette réalité que nous nommons le royaume de Dieu.

Que son règne vienne et que le Père qui est là dans le secret nous accompagne.
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Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 26 Février 2009 à 14:36

Prédication d'enterrement du pasteur Bruno Holcroft à l'occasion des obsèques de Monsieur Lucien Perraut le 14 février 2009 à Niederbronn-les-Bains.

Marc 16
1 Quand le jour du sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé achetèrent des huiles parfumées pour aller embaumer le corps de Jésus. 2 Très tôt le dimanche matin, au lever du soleil, elles se rendirent au tombeau. 3 Elles se disaient l'une à l'autre : « Qui va rouler pour nous la pierre qui ferme l'entrée du tombeau ? » 4 Mais quand elles regardèrent, elles virent que la pierre, qui était très grande, avait déjà été roulée de côté.



Qui va nous rouler la pierre ? Cette question des femmes nous la prendrons pour nous car nous nous trouvons régulièrement confrontés à des tâches qui dépassent nos forces. Le sens premier est simple, les femmes de l'Evangile ne pouvaient pas rouler la pierre tant leurs forces physiques étaient insuffisantes ; nous comprenons parfaitement le bon sens de leur question.

Quant à nous, nous sommes confrontés à la vie, à nos difficultés d'hommes ou de femmes, nos difficultés comme employeurs ou comme salariés, confrontés à notre mauvaise santé, parfois encore nous sommes en butte à des difficultés sans y être pour autant pour quelque chose. La vie est parfois difficile, lourde comme une immense pierre, l'accès à ce qui nous semble essentiel étant comme bouché, l'accès à l'être aimé interdit, fermé.
Des difficultés auxquelles il faut faire face, il faut encore évoquer les guerres lors desquelles la vie humaine et les destins personnels sont si peu de choses.

[La guerre a volé la jeunesse à toute une génération, aussi à notre frère. Lucien Perraut qui s’est battu pour une certaine idée de son pays, pour les valeurs qui étaient les siennes et pour la liberté. Il a payé ces convictions de plusieurs années de sa jeune vie, pendant lesquelles il a beaucoup souffert, et qui l’ont marqué à jamais. Les emprisonnements, les camps, le maquis, la faim et la violence. Mais aussi sans doute de manière également marquante : les amitiés, la solidarité, le respect de l’autre.]

Nous saluons l'homme qu'il a été et nous nous demandons tous comment nous pouvons affronter, apaiser, guérir des traumatismes de la vie. Comment à tour de rôle de pas devenir aussi dur que la vie l'est parfois, aussi fermé que les obstacles que nous énumérons aujourd'hui.
Et puis disons-le : il faut des forces presque surhumaines pour aller rouvrir une tombe que l'on avait fermée trois jours plus tôt. Sur nos vies aussi nous posons aussi des pierres, un couvercle, nous l'appelons parfois une chape de plomb ou la loi du silence. Nous disons qu'il vaut mieux ne plus en parler, ne rien remuer de peur que... de peur que la souffrance et que toutes les vérités révélées par les crises ne se déchaînent à nouveau !

Et à vous chère famille il faut des forces pour affronter la séparation, pour affronter le silence, pour accepter que la voix de celui que vous avez aimé ne retentisse plus, que la main que vous aviez serrée, cette main qui vous avait protégées, choyées, qui vous avait guidées, glisse à présent de la vôtre. Reste l'amour, comme vous me l'avez écrit, l'amour reçu qui reste le soutien pour toute l'existence.

Devant la mort on ne peut guère tricher, devant la mort nous sommes devant toutes les morts, aussi devant cette amertume qu'elle suscite, devant le livre de la vie qui ne s'écrit plus, devant ce qui est peut-être inachevé, ce qui n'a jamais été guéri, peut-être aussi devant ce que nous aurions dû dire, ce que nous aurions dû être ou faire.

Comment rouler la pierre... ? Il faut le courage des femmes pour faire rouvrir la tombe. Elles tiennent à faire leur devoir... Elles ont préparé les onguents pour cela...
Nous aussi quand nous enterrons nos morts nous devons faire face à une série de difficultés matérielles, il faut faire face, il faut faire ce qu'il faut faire.

Les femmes étaient seules quand de si bonne heure elles traversaient la ville, elles étaient des ombres furtives se glissant silencieusement vers les hauteurs avec cette pensée qui martelait leurs tempes quand leur peine n'était pas trop grande. Qui nous roulera la pierre... ? Elles étaient comme un cortège de mort traversant la ville, écrasées par ce qui s'était passé, écrasées par ce qu'elles avaient encore à faire. Mais elles avancent, elles se trouvent à la tombe.

… Nous connaissons le récit de la résurrection, la pierre fut roulée par une main non humaine et le mort était absent. Ce qui avait été fermé, ce qui était effrayant, injuste, violent, se trouve ouvert, apaisé, joyeux.

Les femmes vont retraverser la ville, elles vont le faire en courant, les bras déchargés de ce qu'elles voulaient faire. Ce qui les attendait, ce qui les renvoyait, était tout autre chose que la notion du devoir ou du courage qu'il faut pour vivre, c'est l'annonce que l'amour a surmonté la mort. La pierre à rouler était une question importante, le Christ vivant l'est infiniment plus ! Elles pensaient aller vers la mort et le Christ les renvoyait vers la vie.

Notre ville est ainsi traversée de cortèges, de fronts lourds, de questions matérielles, de vraies peines de cœur, de destinées parfois tragiques. Ce sont de vraies souffrances devant lesquelles chacun s'incline. Un mouvement vient aussi des Eglises, il va à contre-courant, le message de Pâques vient à notre rencontre, il retentit dans nos deux Eglises. Le Christ est vivant, la pierre a été roulée, le mot de la fin n'appartient pas à l'absurde condition humaine, il appartient au Père qui a tant aimé son Fils. « Rien ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » ! écrivait l'apôtre Paul.

Aucune pierre, aucune tombe ne nous séparera jamais de la vie. Il y a là une vérité à entendre, une vérité qui fait vivre. Ceux qui sont morts sont vivants et toute notre vie veut être amenée à la vraie vie, à la guérison des traumatismes, à l'épanouissement complet de l'amour.

Notre véritable consolation se trouve en cette vérité vécue dès à présent parmi nous, et qui sera vécue infiniment et éternellement là où tous nous attendent, là où le Père céleste nous attend.

Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 19 Février 2009 à 13:27
Ta parole est une lampe à mes pieds Psaume 119 v 105

Qu'est-ce que l'homme ? Aujourd'hui nous nous posons cette question devant la mort, devant la finitude. La question n'est pas celle du sens de la mort, mais du sens de la vie. L'humanité cherche depuis toujours le sens de la vie. Le sens de la vie, mais les nécessités et les plaisirs y répondent fort bien, diront certains. Mais l'humanité a toujours voulu aller plus loin justement parce qu'elle n'est ni animale, ni technicienne, ni simplement consommatrice. Le sens de la vie n'est pas dans les échéances de fin de mois, ni dans le caddy du supermarché. Le sens de la vie n'est pas dans la jouissance de ce que peut donner le corps, l'estomac ou la sexualité.
Le sens de la vie n'est pas dans la stérile répétition des jours, ni dans l'éphémère du vent que nous poursuivons. Le sens de la vie n'est pas donné par les vedettes du petit écran ni dans la météo de ce jour.
Nous sommes des humains, c'est à dire des fils de la terre, c'est ce magnifique récit de la Genèse qui le redit, mais nous sommes aussi des fils d'un appel silencieux, des fils qui sont invités à répondre à l'appel intérieur, des fils qui sont appelés à se lever, à étendre leur être pour dépasser les cimes des arbres, pour s'élever jusqu'aux étoiles et recevoir la parole reçue par Abraham. Là-haut, une parole est dite, un père nous cherche, une promesse nous attend et cette parole est entendue dans le bruissement de l'expérience humaine, dans l'empilement des pages de la Bible.
« Tu es un homme, un humain, et ta destinée est de t'élever au-dessus de toutes les contingences pour être de ceux qui connaissent l'Eternel, qui sont entraînés par l'appel de la vérité, de la liberté, du sens dernier de toute notre existence. »
Nous sommes des humains et quand nous nous interrogeons sur notre destinée, sur ce qui doit diriger et orienter notre vie. Nous avons pour exemple dans la Bible ces hommes et ces femmes qui sont sortis de la glaise originelle, ils ont quitté le carcan des simples religions, pour aller vers la vérité. Quitter père et mère, quitter les fausser assurances, quitter les illusions, quitter les demi-vérités, quitter et s'arracher à toutes les idolâtries. La foi est un chemin de liberté.
Abraham est le premier personnage évoqué par la Bible qui le fit. Il quitte le commerce des parents, il quitte sa région, il quitte la sécurité, il se met en marche vers une terre inconnue mais promise. Et il trouve d'immenses difficultés, matérielles d'abord, spirituelle ensuite. De peu s'en faut qu'il ne meure de faim, il se heurte aux grands de l'histoire, il se heurte à la petitesse de la vie matérielle, mais ce faisant il devient vraiment un humain parce qu'il répond à l'appel le plus important, celui de Dieu. Etre croyant ce n'est pas être bigot, c'est devenir quelqu'un qui ne se contente pas d'être d'ici, qui ne se définit pas parce qu'il vote à droite ou à gauche, qui ne se confond pas avec son métier, et dont la tâche essentielle n'est pas simplement de procréer. Qui es-tu ? Pour les croyants l'identité se définit dans la réponse faite à Dieu.
La voici la question centrale: « Qu'est-ce que l'homme et qui est Dieu ? »
Dieu est extraordinaire et notre confession de foi le redit chaque dimanche. Il est à la fois le créateur de tout, il est puissance, force, éternité. Mais il est aussi simple, faible, dépendant. Il est ce souffle et même ce soupir qui soulève notre poitrine. Il est celui qu'on peut renvoyer d'une chiquenaude. Il est même quelqu'un qu'on peut expédier en enfer après l'avoir crucifié.
C'est la manière dont on répond à l'appel de la vraie vie qui compte.
« Ta parole est une lampe à mes pieds, une lumière sur mon sentier » … Ce verset est celui que vous m'avez cité, il comptait pour notre soeur défunte. Ce verset exprime tout le contraire d'une vie statique et répétitive. La parole qui éclaire est une parole pour celui qui est en route. La parole que l'on lit est la parole qui nous saisit. La parole que l'on écoute est une parole qui nous fait suivre le vent, le vent de l'Esprit. Ces paroles sont la mémoire des témoins d'une époque et puis, après l'écoute, elles placent entre nos mains le relais de la foi, le relais des témoins, le relais de ceux qui sont, eux aussi, mis en route par ce vent de l'Esprit.
Il y a un dialogue avec la Bible, ceux qui ont vécu s'adressent à ceux qui vivent et de mille et une manières Dieu parle.
Cette image du vent de l'Esprit a souvent été utilisée par les évangélistes pour dire comment Dieu agit mystérieusement, pour dire qu'on n'en sait pas le chemin, pas la destinée, mais pour dire aussi qu'on ne vit véritablement que lorsqu'on se laisse entraîner par lui.
Sortir des habitudes et des répétitions, cesser de croire aux seules valeurs matérielles, quitter le manteau commode de toutes les religions pour aller vers la vérité, vers la vérité révélée par le Christ… c'est le chemin de la vraie vie.
La vie chrétienne n'est certainement pas douce, car nous suivons l'exemple du Christ. Il est venu, confessons-nous... il a souffert... il est mort... il est ressuscité... La vie chrétienne est une consolation pour ceux qui vivent l'arrachement. Il est douceur pour ceux qui pleurent, il est tendresse pour ceux qui souffrent, il est espoir pour ceux qui désespèrent ; il est force pour ceux qui défaillent.
Le but de la vie est de vivre comme des fils de cet appel intérieur. C'est lui qui est vrai, il vient de la Bible, il vient du Christ. C'est comme fils et fille de Dieu que nous sommes fidèles et que nous comprenons ce qu'il attend de nous.
Le Christ avait mis un tel espoir, une telle confiance en son père qu'il n'a pas reculé, même devant la mort.
La vérité et l'amour,
la vérité et le pardon,
la vérité et la fraternité,
la vérité et la grâce,
la vérité en hauteur, profondeur, largeur, et tout l'amour de Dieu.
La croix de Jésus nous rappelle la hauteur, profondeur et largeur de l'amour de Dieu et c'est ce faisant que nous vivrons nous aussi.
Parfois nous sommes tentés de croire que la vie éternelle commencerait au-delà du seuil de la mort, mais c'est bien parce que le Christ vivait la vie éternelle de son vivant que même la mort n'a pas eu de prise sur lui. C'est ainsi que nous aussi nous sommes invités à laisser les simples contingences de nos vies et à commencer la vie éternelle. La vie éternelle, dit Jésus, c'est qu'ils te connaissent toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé.

Frères et soeurs, ce soir vous retrouverez sur votre table de chevet ou sur une étagère la Bible évoquée cet après-midi. Penchez-vous sur elle, prenez-là en main, tendez l'oreille, que dis-je, tendez tout votre être pour écouter ce qui y est dit. C'est la vérité de Dieu et de l'homme que l'on y entend, et ce sont ces paroles seules qui font vivre. Où est dieu, où parle-t-il, que dit-il ? Mais tout est dans la Bible, tout est en Jésus-Christ.
Nous y trouverons aussi la seule et véritable espérance, aussi face à la mort. Et le pasteur ne parle pas de la mort en disant « Que voulez-vous c'est la vie, nous naissons, nous grandissons, nous vivons notre âge d'homme ou de femme, puis nous retournons à la terre. »
La parole de la foi est un tout autre itinéraire. Nous naissons d'un amour et un autre amour nous cherche pour nous faire vivre vraiment. Nous recevons l'appel à la vérité, nous poursuivons la vérité, elle nous entraîne et nous commençons à vivre ce qui est éternel et vrai.
Nous commençons à vivre la royaume de Dieu,
nous commençons à vivre ce qui est du domaine du vent et de l'Esprit,
nous commençons à être fils de Dieu.
Et puis viendra le jour où nous connaîtrons comme nous sommes connus. Viendra le jour où ni la fatigue, ni l'erreur, ni aucune de nos limites humaines ne nous freineront dans l'élan reçu durant notre vie. Ce sera la vie éternelle, pleine et éternelle.

Frères et soeurs, consolez-vous par ces paroles. La vie de tous les jours nous attend, mais plus que tout, l'appel à la vie peut seul nous faire vivre véritablement. Soyons de ces fils et de ces filles de la lumière, la communion et la consolation se trouvent dans cette vérité. Puissions-nous tous en vivre. Amen.

Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 22 Janvier 2009 à 22:28
Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Luc 18/27
Chers amis, frères et sœurs, nous allons commencer par méditer le verset biblique de l’année.
 Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Luc 18/27
 
Nous passons tous par des temps difficiles, nous y passons alternativement. Les temps sont parfois tellement difficiles que ce sont des temps de crises. Affronter la mort d’un parent, d’un ami, d’un proche… oui c’est un temps de crise à affronter.
Les crises de la société sont  – morales, économiques, financières – ce mot prend une valeur toute particulière. Peut-être peut-on dire que ce qui caractérise l’humanité, c’est le fait qu’elle aspire toujours à réaliser l’impossible. Il existe même un livre des records qui comptabilise les tentatives de l’impossible les plus folles et les plus extravagantes. Même si l’humanité a réussi à dépasser les limites qui semblaient impossibles il y a quelques années, voire quelques siècles, elle ne réussira cependant jamais l’impossible.
 
L’homme a réussi à voler comme un oiseau, à plonger comme un poisson, à courir bien plus vite que le cheval.
 
L’homme a réussi à pénétrer dans les profondeurs de la terre, dans les profondeurs du corps et du coeur, dans les mystères de l’infiniment petit comme ceux de l’infiniment grand.
 
L’homme fabrique des machines les unes plus sophistiquées que les autres.
 
L’homme manipule la vie, les gènes et fabrique de nouvelles espèces végétales et animales.
 
L’homme croit pouvoir toucher à la perfection. Dieu a permis que beaucoup de choses soient possibles à l’homme.
 
L’impossible reste cependant entre ses mains à lui, le créateur. Car qu’est-ce que l’impossible ? Cela concerne le bonheur qui ne peut ni se fabriquer, ni s'acheter. Les tentatives humaines sont toutes vouées à l’échec car même si elles durent un temps, et c’est appréciable, notre nature, la condition humaine, ce qui nous éloigne les uns des autres, ce qui nous fait faire des choix aberrants, tout cela nous habite. La Bible appelle cette réalité le péché, qui est pour le moins l’erreur, et pour le plus la faute. Nous savons bien qu’une approche plus ou moins philosophique et spirituelle n’est que faiblement dans l’air du temps. Les réflexions sont souvent très matérielles, quasiment uniquement matérielles.
 
Les économies ont tenté de faire le bonheur des consommateurs. Bien. Elles ont prouvé la vanité de leurs tentatives et l’échec de leur pouvoir. Si l’idéal est le bonheur de l’homme, comment être heureux quand 70 % de l’humanité souffre de la faim et de la pauvreté ? Il n’est pas possible d’être heureux quand plus de 100 000 personnes vivent dans la rue dans notre pays.
Les religions présentent elles aussi un aspect dépassé. Ainsi les théologies ont trouvé, elles aussi leurs limites, car il n’est pas possible de réduire Dieu à une pensée ou à une logique, aussi spirituelle soient-elles. Croire ce n’est pas réunir quelques notions plus ou moins habiles, plus ou moins intellectuelles ou culturelles. Croire c’est se lier à Dieu, c’est faire confiance, c’est mener un dialogue intelligent, construire une relation, être responsable devant lui. La Bible, l’Eglise et notre prochain ont tous une place et un rôle pour que cette relation soit vraie, saine et en développement.
 
Certains pensent que le bonheur est dans l’amour, l’amour que l’autre vous porte, l’amour que l’on peut porter à l’autre. Oui c’est magnifique, nous le vivons, mais seulement parfois car nous en faisons aussi l’expérience. L’amour est fragile. Du moins l’amour que nous les humains nous pouvons trouver au fond de nous-mêmes. Le bonheur est dans les mains de Dieu.
 
Le bonheur est le don que Dieu fait aux hommes et aux femmes de toutes races, de toutes couleurs. Le bonheur est le cadeau de l’amour de Dieu. N’est-ce pas Dieu lui-même qui déclare sa flamme à son peuple par la bouche du prophète Ésaïe : "Les montagnes peuvent bouger, les collines peuvent changer de place, mais l’amour que j’ai pour toi ne changera jamais, l’alliance que j’ai établie avec toi pour te rendre heureux ne bougera jamais. C’est moi le Seigneur qui te dis cela, dans ma tendresse".



 
Rédigé par Bruno Holcroft le Mardi 13 Janvier 2009 à 11:30

Matthieu3
1 En ce temps-là, Jean-Baptiste parut dans le désert de Judée j et se mit à prêcher : 2 « Changez de comportement, disait-il, car le Royaume des cieux s'est approché ! » 3 Jean est celui dont le prophète Ésaïe a parlé lorsqu'il a dit :
« Un homme crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
faites-lui des sentiers bien droits l ! »
4 Le vêtement de Jean était fait de poils de chameau et il portait une ceinture de cuir autour de la taille; il mangeait des sauterelles et du miel sauvage. 5 Les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de toute la région voisine de la rivière, le Jourdain, allaient à lui. 6 Ils confessaient publiquement leurs péchés et Jean les baptisait dans le Jourdain.


Voir - entendre

Plus tard Jésus demandera à ses contemporains ce qu'ils étaient allés voir en se rendant auprès de Jean-Baptiste. Qu'êtes-vous allé voir ? Jésus renvoyait déjà à plus profond car, quand on voit, il faut toujours réfléchir à ce que l'on voit, le sens n'est pas si premier qu'il en a l'air.

Le silence et le cri
Mais le texte du jour renvoie à une voix qui crie dans le désert. C'est le désert qui est le vrai lieu de la rencontre. Non un désert n'est pas sympathique ! Mais il est authentique. Les musiques, les fêtes, les couleurs, le rythme de tous les jours couvrent plus ou moins habilement la pauvreté d'une vie intérieure.
Souvenons-nous, c'est au désert que Dieu a emmené son peuple pour le préparer à la terre promise.
Il paraît aussi qu'à l'époque de l'existence du grand temple de Jérusalem, quand on entrait dans le Temple et qu'on progressait vers des lieux de plus en plus saints, jusque dans le Saint des Saints, il y avait... rien. Un vide, un silence.
C'est comme lorsque nous allons dans une église, elle est souvent vide et silencieuse. A nous de parler dans le silence, à nous de percevoir ce qui est présent, à nous de savoir de quoi, de qui elle est habitée. C'est aux artistes et architectes de nous conduire, ils sont, eux aussi, parfois dans le rôle des prophètes.

Noël, nous le savons fort bien correspond à une frénésie d'images, de sons, d'illuminations. Nous pouvons apprécier l'illumination des villes, les décors de Noël, je les apprécie. Mais la musique des supermarchés, où l'on entend se superposer toutes les musiques simplement pour promouvoir les achats, est plutôt pénible. Noël c'est plutôt la simplicité, le sens, l'espérance. Rien à voir avec ces frénésies consommatrices.

Qu'êtes-vous allés voir en rejoignant Jean-Baptiste ? Vêtement de poil de chameaux, un personnage hirsute, vociférant, au langage rude... ça valait bien la peine d'aller et de sortir du désert...
Oui mais la vie de tous les jours devient insupportable tellement elle est creuse, répétitive. Une vie passe à répéter les mêmes choses, tout est en place, le travail et la consommation, les petites habitudes, au fond on n'a pas besoin d'autre chose, au fond il n'y a pas de fond. Alors au fond de nous s'est développé notre cri, notre appel intérieur, notre résistance, notre appel à un absolu. Notre cri intérieur rencontre son écho dans le cri de Jean-Baptiste.
Aller au désert...
Les gens quittaient leurs maisons et leurs habitudes pour le rejoindre, pour se faire baptiser. C'est quand on se coupe du bruit de la vie qu'on peut entendre ce qui se dit au désert. Entendre ce qui se dit au désert ? Car oui le désert parle ! Quand on accepte d'aller au fond de soi on ne découvre pas le silence, des silences, mais tout ce qui crie en soi ! Tout ce sur quoi on avait mis une couverture, tout ce qui avait été tu parce que cela dérangeait, tout ce qui dérangeait l'ordre extérieur sage et répétitif. Oui il y a bien des réalités qui crient en nous que nous faisons se taire. Et Jean-Baptiste lâche son cri. Il concerne la religion, il concerne la foi, il concerne l'espérance, il concerne le Christ. Son cri est un coup de buttoir dans la superficialité des vies et des rites.
Son cri met à jour la crise intérieure.

Noël voudrait être douceur, sucreries, tendresses, sécurités, familles unies, gestes d'amour, temps consacrés, etc. et nous avons ici l'appel de la famine. Un homme cherche le vrai Dieu et non des machins, des peluches, des objets ou de la consommation. Et nous-mêmes avons besoin de réentendre Jean-Baptiste, de le laisser rejoindre car quand il nous rejoint, le cri que nous avons au fond de nous retentit aussi !

Suffit de faire semblant ! Suffit de couler des jours ! Suffit de croire que la consommation donne le bonheur ! Suffit de croire que nous ne sommes pas perdus dans la complexité de la vie et de ce monde ! Il suffit ! La coupe est pleine de faire ce que la société juge convenable, d'être des conformistes qui se prennent pour la sagesse incarnée ! Suffit de mettre sous le boisseau nos souffrances, nos révoltes, nos espérances.

Noël va être une nouvelle naissance, ce qui qui est intérieur, caché, intime et sacré, va venir à jour. La foudre de Jean et la tendresse de Dieu. Les plis et les replis du plus profond de nos vies vont être mis à plat.

Vous connaissez cette race de chiens qui ont des plis si profonds qu'on ne voit plus la peau ou la forme du squelette ! Nos vies aussi sont ainsi, on ne laisse plus accès qu'à la surface ! On n'avait pas osé le croire, on n'avait pas osé le dire, on n'avait plus osé l'exprimer, mais Dieu vient vers nous.
Et j'en termine. Hier nous avons baptisé un nourrisson, une petite Noémie. Rappelons le sens du baptême: dans un premier temps c'est le mouvement vers la mort, c'est le mouvement vers la profondeur, le mouvement vers le désert. Il faut se dépouiller, il faut laisser derrière soi, il faut aller plus loin, être plus vrai, ouvrir, tout ouvrir pour quitter. Ouvrir et lâcher prise, ouvrir et plonger dans ce vide qui fait peur, mais qui est la porte de la vie.

Le second mouvement vient du fait qu'au fond de notre descente une voix nous rend la vie, la voix dont Jean-Baptiste est l'écho, une voix qui nous appelle par notre nom, une voix qui ordonne de ressusciter, d'être un être de lumière, de recevoir l'Esprit, de vivre comme des frères.
Aujourd'hui comme au dernier jour, cette voix surgira et nous donnera la vie. Rejoints par le Christ viennent sur nous la vie de l'Esprit, la paix, la guérison, l'harmonie intérieure, le vie éternelle. Tout est donné, tout est là.

Bruno Holcroft, le 15.12.008
Rédigé par Bruno Holcroft le Lundi 15 Décembre 2008 à 17:56
Les pompiers à l'occasion de la sainte Barbe
Célébration oecuménique de la sainte Barbe

Le psaume 19 que nous avons antiphoné en commençant cette célébration disait la beauté de la création, la beauté du ciel étoilé.
Le psalmiste décrivait le soleil se levant le matin comme un jeune marié, tout heureux de prendre son élan... Rien sur terre n'échappera à ses rayons...

C'est là un message que chacun perçoit, que chacun comprend. Il se dégage de ce psaume un sentiment de paix, de sérénité, car la nature est en ordre. Rien n'est discuté, tout est évident. C'est la beauté du monde, c'est l'immuable, c'est la beauté de Dieu, c'est la beauté et la solidité des Ecritures saintes.

Que nous dit-il d'autre ce passage si paisible ? Il me semble que nous pourrions entendre qu'un message de paix veut être entendu par le monde, par les gens au milieu desquels nous vivons.
Contrairement à ce qui se dégage de ce psaume 19, nous avons souvent et puissamment le sentiment que le monde change, qu'il est dangereux, qu'il est instable. Que faut-il évoquer aujourd'hui ? Vous connaissez comme moi les mutations de notre région, comment la vie de famille a changé, comment les métiers ont changé, comment les mentalités ont changé, comme l'éducation a changé, comment le rapport à l'autorité et la transmission ont changé. Etc.
Nous vivons simultanément une série de changements et nous n'y pouvons rien, c'est la vie et le monde qui sont ainsi.

Pourtant le soleil se lève le matin... pourtant cette beauté des cieux étoilés... pourtant il y a ces réalités immuables qui donnent de la stabilité au monde...
Et parmi les éléments qui donnent de la stabilité, parmi les éléments qui rassurent, parmi les éléments qui donnent un fondement stable dans un monde qui s'agite et vacille, nous avons besoin d'hommes et de femmes qui assurent une continuité. Des hommes et des femmes qui diront chacun avec leurs mots, que des priorités seront conservées, qu'on peut compter sur eux, qu'ils ne seront pas pris par le tourbillon du changement au point d'oublier la beauté du service.

Qu'est-ce qui donne de la beauté et de la stabilité au monde ? Pour une fois ne citons pas l'industrie, l'emploi, la démocratie et toutes ces réalités indiscutables. Citons peut-être parmi nous le bénévolat, la générosité, le courage, le dévouement, la camaraderie, la passion de servir, la volonté d'aider.
Ce sont autant d'étoiles dans le ciel, autant d'éclats dans la vie ! car nous avons besoin d'exemples, d'être des exemples pour les autres, de faire monter sur la terre ce réseau qui exprime une fraternité, de faire briller les feux des solidarités, de faire se lever du matin jusqu'au soir la réponse à l'appel.

Quand sonne le téléphone, ce n'est pas le soleil qui se lève, c'est le pompier qui fonce. Et il faut dire la beauté des pompiers non à cause d'un casque ou d'un équipement, mais parce que, lorsqu'il parcourt la ville et la région, c'est un message visuel et sonore qui redit que dans un monde instable la solidarité et l'oubli de soi sont toujours de mise. Le monde change, les hommes changent, mais reste l'éclat de Dieu, l'éclat de ce qui est éternel, la sagesse des temps anciens.
Reste la beauté du temps que l'on offre, de l'effort consenti et parfois même les vies qui sont données pour sauver et servir, tout cela est aussi un témoignage éclatant. Il le faut pour que la vie soit possible, que le monde reste stable.
Et j'en termine :demain, comme l'a décrit le psalmiste, nous verrons le soleil se lever dans sa beauté, dans sa force, dans la stabilité du monde et nous nous dirons que Dieu a fait son travail, et nous dirons ensuite puisque Dieu a fait son travail, à notre tour de faire le nôtre là encore pour la beauté et la stabilité de notre monde. Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 7 Décembre 2008 à 07:20

Psaume 90 et Marc 4 v 1-9


Les vieux et les sages
Etre vieux ne fait envie à personne car cet état signifie connaître des maux de santé, d'être plaintifs et lents, être dépassé par le progrès voir même par le monde actuel... ! Dur d'être vieux, dur pour soi et dur pour les autres !
Ce cliché est pourtant bien partial, bien réducteur, non seulement parce que bien des retraités jouissent d'une bonne santé et que cette nouvelle étape de la vie correspond à de nouvelles découvertes, mais tout simplement parce que l'expérience accumulée tout au long des années peut produire tout autre chose qu'une vie rabougrie. D'être vieux est péjoratif, d'être un ancien et un sage..., voilà tout autre chose !

Certains d'entre vous ont fait le tour du monde par le tourisme ou les activités professionnelles, disons ici qu'en étant septuagénaires ou octogénaires nous avons fait le tour de la vie. Et nous pouvons énumérer bien des réalités. Ils ont parcouru le monde du travail, celui de l'amour ou des amours, le monde de la politique, celui des enfants et petits enfants, celui de la souffrance et souvent du veuvage, celui des engagements, des solidarités, du courage, des échecs, de la jeunesse, de la vie en société et j'en passe. Nous venons d'esquisser un joyeux pêle-mêle !

La parabole des talents (Marc 4) peut encourager à comprendre la fin d'une vie. Acceptons d'interpréter les étapes de la parabole comme autant d'étapes chronologiques.

  • Les oiseaux ont mangé les grains de blé... peut-être est-ce le souvenir d'une jeunesse et des erreurs commises...
  • Les pierres ont empêché le grain de lever... peut-être est-ce cette fois l'étape du mariage, l'étape des constructions, l'étape de tant de débuts qui est évoquée...
  • Les épines ont étouffé le grain qui devait lever… peut-être est-ce là le souvenir d'une vie professionnelle et de tant d'efforts qu'il fallut consentir pour mener sa carrière ou tout simplement à survivre tant bien que mal...
  • Reste la bonne terre, peut-être l'étape de la vieillesse... ?

À l'automne de la vie vous êtes riches de l'expérience, riches de tout ce que vous avez affronté et souvent surmonté. Jeunes et moins jeunes ont besoin de vous, d'être encouragés, de comprendre comment l'on tient ferme, comment l'on garde la foi, comment on pardonne, comme on continue à être généreux, comment l'on continue à faire confiance.
Le secret de la vie est-il bien dans le sens ? L'amour est-il bien la vérité suprême ? Le croyant a-t-il eu raison de bâtir sa vie sur ce qu'il comprenait de la Bible et de Jésus-Christ ?

A l'automne de la vie, à l'étape de la vieillesse, mettons en sourdine les récriminations qui viennent trop vite sur les lèvres et ne racontons qu'à quelques-uns combien la vie a changé et où le corps souffre.
Par contre prenez le temps de raconter longuement comment le grain a levé !
Tags : sagesse
Rédigé par Bruno Holcroft le Lundi 10 Novembre 2008 à 17:57
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