2009 - 3ème veillée de carême
Le royaume de Dieu...

Nous avons médité durant les première semaines le fait que la souffrance était incontournable dans notre vie, par ailleurs nous disions aussi que c'était un malentendu que d'attendre, pour le Messie comme pour nous-mêmes, une vie, une qualité de vie qui irait en s'accroissant. Comment donc, le Christ viendrait et, tel le soleil prenant son élan, il irait jusqu'à son zénith et le monde entier en bénéficierait... Et nous aussi, de la naissance jusqu'à l'âge d'homme mûr nous irions, parce que nous sommes chrétiens, connus et aimés de Dieu, jusqu'à une position enviée : réussite, santé, préservation du mal, etc. Cette pensée fait oublier la place de la souffrance et plus que cela, elle tente de faire oublier que nous sommes appelés à une vie de disciple nous demandant, phrase rude, de porter sa croix. Que ce soit par notre une vie tout simplement humaine ou parce que la vie chrétienne est un chemin étroit, oui la souffrance fait partie de la vie et le nier serait tout simplement nier une réalité proche de l'évidence.

Aujourd'hui je voudrais méditer avec vous une autre notion précieuse pour comprendre l'espérance, le drame et le salut. Cette notion, prêchée par Jésus dès le commencement, va se développer et devenir peu à peu la perspective générale du salut. Il s'agit du royaume de Dieu prêché par Jésus depuis le premier jour.

Le commencement est très souvent utile pour comprendre la fin. Ainsi l'Evangile de Marc débute par l'annonce du royaume, c'est le cœur du message de Jésus. Peut-être remarquerez-vous que ce thème n'est pas dominant dans la vie de l'Eglise… pourtant c'est un thème majeur.

Dans les premiers versets de l'Evangile de Marc, Jésus vient d'être baptisé et une voix fit entendre des cieux ces paroles : Tu es mon fils bien-aimé, en toi j'ai mis toute mon affection. Après l'épisode de la tentation dans le désert Jésus prononce ses premières paroles : Le temps de Dieu est accompli et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle.

Dès le départ du ministère de Jésus s'ouvre une tension que l'on retrouve aussi au sein du carême. Une tension ? Oui celle générée par les actes de puissance que Jésus va montrer par ses miracles, et l'événement qui reste à venir, celle d'une réalisation définitive et universelle. La formulation connue le dit fort bien, nous vivons un « déjà » et un « pas encore ». Déjà le Christ est là et les signes accompagnent son ministère comme ils accompagnent la vie de l'Eglise. Le « pas encore » rappelle que nous avons les avant-goûts, les arrhes, de la vie de l'Esprit et de la puissance de Dieu. Seulement les arrhes.

La souffrance, et donc une part importante de mystère, accompagnent ainsi notre vie. Paul dira même cette phrase étonnante que la création, la nature, tout ce qui a été créé soupire et attend le salut entier à venir. Nous ne savons pas bien ce que cela signifie mais tant pour nous-mêmes que pour notre vie, aussi l'histoire de ce monde, tout est dans l'attente. La création entière est tendue vers cette perspective.

Annoncer que Le royaume de Dieu était proche signifiait que Dieu était présent au milieu d'eux. Cette vérité ne pouvait pas être prononcée de manière aussi claire parmi les contemporains de Jésus. Le royaume de Dieu, c'est Dieu, et Jésus utilisera bien des images pour parler de la présence et de l'aide de Dieu. Le royaume de Dieu est proche... Il suffira de se souvenir que les puissants de l'époque étaient des rois ou des empereurs. Le pouvoir lui appartenait donc, tous étaient donc des sujets au bénéfice du pouvoir de cette royauté-là.

Le royaume de Dieu est proche est plus souvent utilisé que le royaume des cieux; les cieux renvoient à une distance, de Dieu renvoie à ici et à maintenant. La vie de l'Eglise n'est pas l'aboutissement du royaume, le royaume reste à venir à la fin des temps, mais participer à la vie de l'Eglise c'est déjà participer au royaume avec les valeurs et les autorités reconnues de ce royaume : justice, paix et joie, par exemple.

L'Eglise et les croyants vivront une part de mystère et d'humilité mais ce qui nous est donné nous suffit afin de, dès à présent, nous réjouir. Au sein de l'affliction le Christ nous montre une nouvelle fois le chemin : rester dans la communion avec son Père. Restons nous aussi dans cette communion ; le Christ est notre frère et son père est bien notre Père. Amen.

Tags : carême 2009
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 12 Mars 2009 à 10:31