Prédication d'enterrement du pasteur Bruno Holcroft à l'occasion des obsèques de Monsieur Lucien Perraut le 14 février 2009 à Niederbronn-les-Bains.
Marc 16
1 Quand le jour du sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé achetèrent des huiles parfumées pour aller embaumer le corps de Jésus. 2 Très tôt le dimanche matin, au lever du soleil, elles se rendirent au tombeau. 3 Elles se disaient l'une à l'autre : « Qui va rouler pour nous la pierre qui ferme l'entrée du tombeau ? » 4 Mais quand elles regardèrent, elles virent que la pierre, qui était très grande, avait déjà été roulée de côté.
Qui va nous rouler la pierre ? Cette question des femmes nous la prendrons pour nous car nous nous trouvons régulièrement confrontés à des tâches qui dépassent nos forces. Le sens premier est simple, les femmes de l'Evangile ne pouvaient pas rouler la pierre tant leurs forces physiques étaient insuffisantes ; nous comprenons parfaitement le bon sens de leur question.
Quant à nous, nous sommes confrontés à la vie, à nos difficultés d'hommes ou de femmes, nos difficultés comme employeurs ou comme salariés, confrontés à notre mauvaise santé, parfois encore nous sommes en butte à des difficultés sans y être pour autant pour quelque chose. La vie est parfois difficile, lourde comme une immense pierre, l'accès à ce qui nous semble essentiel étant comme bouché, l'accès à l'être aimé interdit, fermé.
Des difficultés auxquelles il faut faire face, il faut encore évoquer les guerres lors desquelles la vie humaine et les destins personnels sont si peu de choses.
[La guerre a volé la jeunesse à toute une génération, aussi à notre frère. Lucien Perraut qui s’est battu pour une certaine idée de son pays, pour les valeurs qui étaient les siennes et pour la liberté. Il a payé ces convictions de plusieurs années de sa jeune vie, pendant lesquelles il a beaucoup souffert, et qui l’ont marqué à jamais. Les emprisonnements, les camps, le maquis, la faim et la violence. Mais aussi sans doute de manière également marquante : les amitiés, la solidarité, le respect de l’autre.]
Nous saluons l'homme qu'il a été et nous nous demandons tous comment nous pouvons affronter, apaiser, guérir des traumatismes de la vie. Comment à tour de rôle de pas devenir aussi dur que la vie l'est parfois, aussi fermé que les obstacles que nous énumérons aujourd'hui.
Et puis disons-le : il faut des forces presque surhumaines pour aller rouvrir une tombe que l'on avait fermée trois jours plus tôt. Sur nos vies aussi nous posons aussi des pierres, un couvercle, nous l'appelons parfois une chape de plomb ou la loi du silence. Nous disons qu'il vaut mieux ne plus en parler, ne rien remuer de peur que... de peur que la souffrance et que toutes les vérités révélées par les crises ne se déchaînent à nouveau !
Et à vous chère famille il faut des forces pour affronter la séparation, pour affronter le silence, pour accepter que la voix de celui que vous avez aimé ne retentisse plus, que la main que vous aviez serrée, cette main qui vous avait protégées, choyées, qui vous avait guidées, glisse à présent de la vôtre. Reste l'amour, comme vous me l'avez écrit, l'amour reçu qui reste le soutien pour toute l'existence.
Devant la mort on ne peut guère tricher, devant la mort nous sommes devant toutes les morts, aussi devant cette amertume qu'elle suscite, devant le livre de la vie qui ne s'écrit plus, devant ce qui est peut-être inachevé, ce qui n'a jamais été guéri, peut-être aussi devant ce que nous aurions dû dire, ce que nous aurions dû être ou faire.
Comment rouler la pierre... ? Il faut le courage des femmes pour faire rouvrir la tombe. Elles tiennent à faire leur devoir... Elles ont préparé les onguents pour cela...
Nous aussi quand nous enterrons nos morts nous devons faire face à une série de difficultés matérielles, il faut faire face, il faut faire ce qu'il faut faire.
Les femmes étaient seules quand de si bonne heure elles traversaient la ville, elles étaient des ombres furtives se glissant silencieusement vers les hauteurs avec cette pensée qui martelait leurs tempes quand leur peine n'était pas trop grande. Qui nous roulera la pierre... ? Elles étaient comme un cortège de mort traversant la ville, écrasées par ce qui s'était passé, écrasées par ce qu'elles avaient encore à faire. Mais elles avancent, elles se trouvent à la tombe.
… Nous connaissons le récit de la résurrection, la pierre fut roulée par une main non humaine et le mort était absent. Ce qui avait été fermé, ce qui était effrayant, injuste, violent, se trouve ouvert, apaisé, joyeux.
Les femmes vont retraverser la ville, elles vont le faire en courant, les bras déchargés de ce qu'elles voulaient faire. Ce qui les attendait, ce qui les renvoyait, était tout autre chose que la notion du devoir ou du courage qu'il faut pour vivre, c'est l'annonce que l'amour a surmonté la mort. La pierre à rouler était une question importante, le Christ vivant l'est infiniment plus ! Elles pensaient aller vers la mort et le Christ les renvoyait vers la vie.
Notre ville est ainsi traversée de cortèges, de fronts lourds, de questions matérielles, de vraies peines de cœur, de destinées parfois tragiques. Ce sont de vraies souffrances devant lesquelles chacun s'incline. Un mouvement vient aussi des Eglises, il va à contre-courant, le message de Pâques vient à notre rencontre, il retentit dans nos deux Eglises. Le Christ est vivant, la pierre a été roulée, le mot de la fin n'appartient pas à l'absurde condition humaine, il appartient au Père qui a tant aimé son Fils. « Rien ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » ! écrivait l'apôtre Paul.
Aucune pierre, aucune tombe ne nous séparera jamais de la vie. Il y a là une vérité à entendre, une vérité qui fait vivre. Ceux qui sont morts sont vivants et toute notre vie veut être amenée à la vraie vie, à la guérison des traumatismes, à l'épanouissement complet de l'amour.
Notre véritable consolation se trouve en cette vérité vécue dès à présent parmi nous, et qui sera vécue infiniment et éternellement là où tous nous attendent, là où le Père céleste nous attend.
Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 19 Février 2009 à 13:27
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