La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2009

Le sommeil de la mort puis soudain...


Méditons ensemble cette parabole des dix vierges racontée par Jésus. Je rappelle l'histoire : toutes les jeunes filles s'endorment et voici qu'au milieu de la nuit vient l'époux. Cinq d'entre elles seront prêtes, iront à la fête tandis que les cinq autres vont la rater.
Depuis des siècles de nombreux chrétiens tentent d'interpréter cette parabole. L'histoire est simple, mais le sens est difficile. J'avance donc une interprétation parmi d'autres : cette parabole parle sans doute de la mort et du temps trop long qui s'écoule avant la venue finale de Dieu.


« Pour la mort le sens est évident, dans bien des langues du monde nous parlons du sommeil de la mort. Un sommeil... car pour les croyants la mort n'est pas anéantissement, et si le corps s'en retourne à la terre, nous croyons qu'une autre réalité ne se décompose pas.
Cette annonce est en fait une remarquable aide psychologique car elle dit la vie après la mort et même si le temps s'écoule et transforme tout en ruine, même si les souvenirs ternissent sous le voile gris du temps qui passe, si les photos jaunissent et s'enroulent sur elles-mêmes, et même si le deuil de l'amour qui a été ardent est lentement remplacé par une simple nostalgie: tout va être réveillé. Rien de se perd, tout est ravivé, placé dans la lumière et entrera dans la fête.
Nous sortirons du sommeil pour aller à la fête. De plus nous savons que la résurrection est bien plus qu'un retour à la vie actuelle, c'est l'entrée dans la vraie vie sans les limites de notre vie actuelle. Alors quelle nouvelle ! Même si l'ordinaire de nos jours peut connaître beauté, chaleur, émotion, vérité, relation... tout cela sera encore métamorphosé lorsque nous le rencontrerons. Aujourd'hui nous vivons le quotidien de nos vies, alors nous vivrons la dimension supérieure de la grande fête, de l'éternelle communion. Nous en vivons parfois un avant-goût quand nous prenons conscience de l'amour de Dieu, de sa proximité. Nous avons sans doute connu des moments forts de paix, d'harmonie intérieure, d'harmonie même où l'on se sent en communion avec l'infini de ce monde, l'infini de ce que nous pressentons.


Je viens de décrira la joie, mais reconnaissons qu'une certaine tristesse émane également de ce texte. Dans un premier temps l'époux tarde trop, oui c'est trop long, tout le monde s'endort. Personne ne parvient à résister au temps qui passe. Les uns après les autres nous finissons par nous coucher dans la poussière et si ce n'est pas la mort ce sont ces périodes si difficiles lors desquelles Dieu semble se retirer, "cacher sa face" comme se plaignent tant de psalmistes ! Des temps où le poids de la vie et des contrariétés est trop lourd à porter, où l'on a l'impression que notre vie est un lourd fardeau insupportable, où toute lumière semble disparaître. Des moments de désarrois, de sécheresse spirituelle, de disharmonie et de solitude où l'on n'arrive plus à distinguer son chemin, à découvrir un quelconque sens à ce qui est vécu… comme si l'on traversait une sorte de tunnel, comme si l'on vivait une dépression spirituelle…


Voilà donc pour la tristesse. Le Christ ne nous promet pas une vie sans obstacles et sans difficultés… Mais il nous affirme, dans cette parabole notamment, que même si l'on est en pleine nuit, même si l'on n'a plus de force et que l'on s'endort épuisé par l'épreuve, nous pouvons toutefois avoir cette réserve d'huile qui ne nous fait pas défaut, et qui nous permet alors de traverser la nuit, de franchir les obstacles, de tenir bon dans les épreuves et de ne pas nous effondrer lorsque le sol semble se dérober sous nos pas… Même au coeur de la dépression une voix retentit, une nouvelle aube pointe, quelque chose est mort, mais quelque chose en nous demande à vivre et cette voix est l'appel de la vie et pour nous bien plus précisément c'est l'appel du Christ. Au-delà de la tristesse c'est donc à nouveau l'espérance.


La parabole des 10 vierges est entourée par deux autres paraboles qui nous montrent quelles étaient les tentations de ces premiers chrétiens qui commencent à douter. C'est à chaque fois quelque chose qui ressemble à l'absence de Dieu, du temps trop long qui s'écoule. Ainsi « La parabole du serviteur infidèle » raconte que le maître, avant de partir en voyage, confie à son serviteur la tâche de s'occuper de sa maison et de veiller sur les autres ; ce serviteur qui ne voit pas son maître revenir, commence à battre ses frères et à aller boire avec les ivrognes… Tentation donc du relâchement moral, de l'oubli du souci d'autrui, de la perte de la responsabilité communautaire… Une parabole dirigée sûrement contre les "autorités" de la communauté qui abusent de leur pouvoir à leur propre profit… et qui oublient qu'ils ne sont que les serviteurs des autres… et non leurs seigneurs !


Elle est suivie par la « parabole des talents », où l'on voit à nouveau comment le temps peut jouer négativement car un homme va cacher dans la terre, par peur, par esprit timoré, le talent qui lui a été donné… Tentation donc d'enfouir ses potentialités, de vivre à moitié, de s'amoindrir au lieu de laisser croître en nous et pour les autres le talent que Dieu nous a donné… Là encore, le temps passe, le temps sans sa présence et il s'agit de tenir bon, de ne pas se décourager, de travailler.


Et voici au milieu, la parabole des 10 vierges… C'est alors l'appel à ne pas seulement vivre dans l'exaltation des commencements, l'enthousiasme de l'adolescence… mais à faire des réserves pour affronter aussi la durée, la sécheresse, les contretemps, les déceptions dans la vie de foi…

Il y a un mystère dans cette parabole, cette huile qu'on ne peut pas partager... Qu'est-ce que cette huile ? Pourquoi celles qui l'ont ne peuvent pas la partager avec ceux qui ne l'ont pas ? Et pourquoi l'époux ferme-t-il la porte du festin aux retardataires ?
Madame Guyon, la grande spirituelle du XVII° siècle, fait cette remarque pertinente sur notre parabole : les dix vierges, dit-elle, sont toutes semblables extérieurement, rien ne les distingue. Elles ont certainement les mêmes habits de noces, le même statut social ("vierges"), les mêmes lampes qui brillent dans le soir… La seule chose qui les distingue est cette huile en réserve qui permet de rallumer la flamme au cœur de la nuit, quand tout est éteint… Or, dit Madame Guyon, cette huile est le symbole de "l'intérieur", on pourrait dire de l'Esprit Saint qui vit au plus intime de chacun et qui nous rattache à Dieu, d'autres parleraient d'étincelle divine… La parabole est alors une invitation forte à ne pas nous contenter d'une foi ou d'une religiosité simplement extérieures, faite d'actes et de pratiques qui ne nous engagent pas vraiment tout entiers… C'est le cas quand la religion est une simple appartenance sociale… ("les chrétiens sociologiques")… ou quand ce n'est qu'une foi intellectuelle — un simple point de vue religieux sur le monde — ou une foi qui se limite à la pratique des commandements moraux… Une telle foi risque de s'effondrer à la première difficulté rencontrée, aux premiers revers de la vie…

La foi intérieure, elle, repose sur un principe vivifiant qui ne cesse de jaillir du plus profond de chaque croyant : Jean parle de l'Esprit comme d'une source intérieure qui jaillit en vie éternelle… qui ne cesse de jaillir même si, extérieurement, nous nous trouvons dans l'épreuve, la tentation, la tristesse ou la sécheresse. Cette source ne peut se tarir, il y a toujours possibilité, même au cœur de la nuit, de rallumer la flamme, d'y re-puiser force et énergie pour entrer dans la célébration de la vie comme fête ! On peut comprendre qu'une telle réalité intérieure ne peut se partager ! Se communiquer, comme si c'était une marchandise interchangeable ! (et là, la réponse des vierges sages, qui invitent à aller au magasin en acheter… est à comprendre comme une ironie… par l'absurde !). Cette huile est ce qui est le plus personnel en moi, qui rattache toute ma vie, y compris mes échecs, mes trahisons, mes difficultés, mes angoisses, à la Source Divine… Cette sagesse qui me permet de me situer tout entier, avec mes ombres et lumières, devant Dieu… et qui me permet de me laisser modeler par Dieu… A cette source intérieure, je peux toujours trouver accès, même si à l'extérieur tout semble affirmer le contraire !

C'est la Bonne Nouvelle de cette parabole, mais Jésus nous met en garde, à nous de "cultiver cette intériorité", d'avoir ces réserves d'huile… car nous sommes tous menacés de tellement nous disperser que nous nous perdons dans des choses inutiles et futiles en oubliant l'essentiel… Nous risquons d'épuiser toute réserve et de ne plus pouvoir affronter les réalités contraires… Nous risquons "d'éteindre l'Esprit" comme le dit Paul… A ce moment, c'est nous qui nous coupons de la "salle du Royaume", de la Plénitude promise… Il ne sert alors à rien de crier… et toutes nos bonnes œuvres ou notre religiosité de façade ne sont d'aucune aide…

Jésus ne raconte toutefois pas cette parabole pour nous faire peur ! Mais pour nous inviter à puiser à cette source intérieure qui ne demande qu'à jaillir… et à nous donner force, courage et énergie même au plus noir de la nuit.
Et le lien avec le culte ? Mais c'est évident, l'appel à sortir de la nuit, à nous avancer pour aller vers l'époux, nous l'entendons aujourd'hui quand nous sommes invités à nous lever, de communier avec lui et les uns avec les autres.
Frères et soeurs nous lèverons-nous, irons-nous vers celui qui nous appelle ?


Amen c'est vrai nous le croyons et voulons vivre ainsi.

(Une prédication dont l'inspiration me vient du pasteur Michel Cornuz)

Rédigé par Bruno Holcroft le Mardi 24 Novembre 2009
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