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2011 : Toutes les prédications
La question du pardon
Chers frères et sœurs
Nous sommes invités à aborder aujourd’hui la question du pardon.Nous avons une série de petites phrases en tête à ce sujet. « Pardonnez-vous les uns les autres » ; « Père pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » « Pardonne-nous nos offenses comme nous aussi nous pardonnons ceux qui nous ont offensés ». Le problème vient du fait que nous avons également d’autres citations présentes à l’esprit, par exemple :« Le pardon c’est pour les faibles » ou encore « Nous pardonnons mais nous n’oublions pas ». Et de fait nous n’arrivons guère à pardonner, malgré nos efforts, malgré la répétition des mots, des rites et des prières. Nous n’arrivons pas à pardonner car le passé – certaines réalités – se sont inscrites avec violence en nous. Bien souvent la famille, les collègues, ceux avec qui nous vivons, nous ont fait du mal. De plus non seulement ils nous ont fait du mal, mais nous sommes amenés à les fréquenter encore et encore. Comment sortir de ce maudit cercle de souffrance, de rancune, de violence, voir même de haine ? Les secrets de famille sont fréquents et ils sont une chape de plomb sur nous. Comment vivre avec ce qu’on nous cache ? Pourquoi l’a-t-on caché ? Comment vivre avec les tabous, les fautes des autres dont on nous fait hériter sans nous donner les moyens d’en sortir ? C’est là notre nature humaine, quand on nous fait du bien, nous trouvons cela tout simplement normal. Cadeau, affection, rires, présence, estime, etc. nous trouvons normal d’être appréciés, encouragés, estimés. Par contre nous ne trouvons pas du tout normal que quelqu’un ne nous estime pas, qu’il nous trouve bête ou pénible, ou bizarre, ou asocial, ou anormal, ou qu’il nous laisse tout simplement dans le silence de la distance. C’est alors l’évitement qui est en soit un vrai discours. « Je n’ai rien en commun avec toi » autrement dit nous ne méritons pas d’être fréquenté ou simplement abordé par la parole. Le couperet tombe : « Je n’ai rien à te dire ». Il est temps d’ouvrir la Bibleet de comprendre ce que la Bible nous enseigne au sujet du pardon. Les frères de Joseph craignent la vengeance de leur frère à présent que leur père est décédé. Il faut dire que leur comportement avait été terrible. Vendre leur frère comme esclave et faire croire à leur père qu’il était mort, déchiré par une bête sauvage ! Mais écoutant leur frère, Joseph pleure. Joseph et ses frères se trouvent devant plus grand qu’eux, devant la mort, devant le destin, en un mot ils se trouvent ensemble devant Dieu. Joseph a certainement eu du mal à pardonner à ses frères mais c’est cependant accessible car à la fin, toute cette histoire a servi à sauver sa famille de la famine. Autrement dit, alléluia, le mal s’est transformé en bien. Il ne faut donc juger de rien mais faire confiance au plan de Dieu pour chacun. Certes,mais cette réponse n’est que partielle. Nous pourrions aussi dire que c’est à cause de Joseph que le peuple va connaître l’esclavage en Egypte. Ils auraient bien mieux fait de rester chez eux, ou de chercher du secours vers le Nord. Là le bien s’est à nouveau transformé en mal. Dans nos histoires de famille ou individuelle, nous sommes le plus souvent absolument incapables de dire quel bien nous retirons d’un événement malheureux. Et d’espérer que le mal qu’on nous a fait se transforme mystérieusement en bien me semble vraiment hasardeux. Il vaut mieux appeler ces réalités par leur nom, le mal est un mal et le bien un bien. J’ai un accident… ce n’est pas la promesse que plus tard ce sera une bénédiction à décrypter. Le mal est un mal, le bien est un bien. Plus tard il est possible qu’un sens supplémentaire soit donné, mais notre foi ne doit pas être une rêverie qui ne nomme plus les réalités des souffrances, des échecs et du mal. Pourquoi pardonner ?C’est pour notre liberté, pour notre vie que nous en avons besoin. Que serait vivre sans pardonner, sans oublier, sans effacer ? Je veux souligner notre besoin de liberté ! Ne pas pardonner ce serait vivre en laissant de plus en plus de boulets s’accrocher à notre vie. Ce qu’on m’a fait quand j’étais enfant, ce qu’on m’a fait comme jeune homme ou jeune femme, puis la vie adulte, puis la vie professionnelle, puis la vie sentimentale. La vie me fait traverser et expérimenter bien des réalités, mais ces réalités ne doivent pas être autant de lourdeurs, autant de ténèbres qui me feraient perdre ma liberté ! Ma liberté c’est d’aller vers un état d’homme fait, d’homme accompli, d’homme adulte poursuivant une vérité plus haute, et se situant dans les responsabilités qu’il veut assumer. En préparant notre réflexion de ce matin j’ai été très surpris du moment que Jésus choisit pour aborder la question du pardon. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » etc. Cet enseignement de Jésus fait partie du sermon sur la montagne, des béatitudes. Dans son discours inaugural, quand l’essentiel de ses idées est résumé, Jésus aborde la question du pardon que nous avons besoin de donner. « Aimez les ennemis… » Jésus pensait sans doute aux romains, à ces envahisseurs païens étrangers. « Faites du bien sans rien espérer ». Dans son discours inaugural Jésus abordait les questions des pauvres qui avaient faim et du scandale des riches indifférents à la misère qui les entourait. Il critiquait les conventions sociales qui faisaient que les riches étaient estimés, honorés, flattés et en sécurité mais que les pauvres étaient considéres comme des moins que rien. Jésus annonce le renversement des situations : les pauvres vont avoir une place au soleil et le malheur fondra sur les riches. Bien, mais c’est exactement à ce moment-là qu’il annonce l’importance du pardon. Le chrétien veut être l’homme libre, vrai et responsable.Jésus annonce la survenue du royaume de Dieu. Le renversement tout simple des situations, n’est pas l’objectif. Le but n’est pas que les pauvres exploitent à présent les riches – un renversement aussi total et définitif est laissé au jugement dernier – le but présent est une totale liberté afin de pouvoir vivre la liberté de la foi, de l’amour, de la vérité. Tout ce qui entraverait ce chemin vers la liberté, vers l’accomplissement de ce que doit devenir un humain, cela doit être mis de côté. Liberté, vérité, responsabilité. Laissons le passé, laissons les erreurs des autres et même leur méchanceté, afin d’être libres. Ces gens-là qui nous ont fait du mal autrefois et bien sans le pardon nous leur permettons de nous faire encore du mal, du fait qu’ils hantent nos esprits, orientent nos pensées, déséquilibrent nos vies. Nous avons besoin de couper, de laisser mourir ces influences, de laisser reposer dans le passé ce qui nous est arrivé. Il ne s’agit pas d’oublier, il s’agit de parvenir à regarder avec sérénité ce passé. Nous l’avons vécu mais nous ne sommes plus liés, emprisonnés par lui. Ce que nous pourrions dire ? « Je ne suis pas le passé, je suis un homme et une femme en plein devenir ». Ce qui veut remplir mon cœur et mon esprit ce n’est pas un cercle sans fin qui me rappelle un passé auquel je n’ai plus accès, mais mon cœur et mon esprit veulent se placer dans la réalité de l’amour de Dieu et de tout ce que l’Esprit veut produire en moi. Avec l’aide de Dieu je choisis la liberté, je poursuis la vérité, j’exerce mes responsabilités. Le pardon me permet cette liberté et cela devient une stimulation extraordinaire. Les rencontres, nos rencontres, se font désormais entre humains appelés à devenir des fils et des filles de Dieu. Quand je rencontre quelqu’un je ne rencontre pas celui qui a dit ou fait ceci ou cela de décevant, mais je permets, aussi en pardonnant, que lui et moi soyons encouragés, poussés, stimulés à développer en eux le projet de Dieu. Le mal qu’on a fait ou qu’on nous a fait ne doit pas être appelé un bien. Ce serait bien puéril. Mais pour soi-même, comme pour la femme et l’homme que je rencontre, je veux déblayer le chemin et vivre LA grande aventure. Je veux vivre librement, libre des préjugés, libre vis-à-vis des rancunes, libre vis-à-vis des souffrances qu’on m’a infligé, libre vis-à-vis du destin qui est le mien. Mon destin ? Ce n’est pas de ressasser à l’infini et avec amertume. Notre destin est de mener notre vie afin qu’elle soit une montée vers la lumière. Frères et sœurs, vivrons-nous ainsi ? Amen c’est vrai nous le croyons et voulons vivre ainsi. Rédigé par Bruno Holcroft le Mardi 23 Août 2011
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