La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

2011 : Toutes les prédications

La parabole du Fils dilapidant l'argent de son père

Luc 15 versets 11 - 32
Une prédication du pasteur Bruno Holcroft, dans la paroisse de Niederbronn les Bains


Chers frères et sœurs
 
Cette histoire, cette parabole du Fils prodigue, est certainement l’une des plus belles de la Bible.
Reconnaissons-le : quelle aventure que la vie du fils, quels rebondissements, quelle générosité, mais aussi quels conflits !
 
Paraphrasons.
 
Une famille est composée de deux fils et de leur père. Et le plus jeune veut avoir sa part d’héritage, il l’obtient, une maison familiale est vendue, il transforme ce bien en argent et part à l’étranger pour tout dilapider.
« Vous êtes de ceux qui ne connaissent que le travail ! »Il me semble entendre le dire ! Vous vous faites du souci pour votre retraite, pour votre santé ! Vous passez votre temps à réparer et à améliorer votre maison…. Mais vous êtes stupides ! La vraie vie, c’est la fête, la danse, l'alcool, les amis et la sexualité quand on veut, avec qui on veut, tant qu’on veut !
N’avons-nous jamais entendu de discours de ce genre ?
Le jeune fils part donc, vit avec des prostituées, vit « la vraie vie, la grande vie ». Voyages, amusements, expériences nouvelles... Et tant qu’il y a de l’argent il ne regrette pas son choix.
Plus tard on nous racontera son retour, mais pour le moment son départ n’est pas raconté. Le père a-t-il essayé de le raisonner ? Le grand frère lui a-t-il donné l’exemple ? Un serviteur ou une servante, lui a-t-il dit quelque chose de sensé et d'affectueux ? Nous ne le savons pas. Il part vite, ayant obtenu ce qu’il voulait.
 
Mais la situation se dégrade, et lui qui est juif se retrouve sans argent, lui dont le comportement avait été un crève-cœur devient un crève la faim. Lui qui était juif et qui n’avait évidemment pas le droit de manger du porc, le voici réduit à souhaiter pouvoir manger la nourriture que mangeaient les porcs. Lui qui était juif était dans un état inférieur à celui des porcs. On nourrissait les cochons, lui n’avait pas droit à leur nourriture… Fin du voyage et de la grandiloquence, fin des illusions, fond du gouffre et surtout, première prise de conscience.
 
Le fond du trou permet au moins d’aller au fond de soi, il se met enfin à parler à lui-même et à parler vrai, avec humilité. Et c’est la prise de conscience qu’il a eu tort, tellement tort. Il réalise qu’auprès de son père le moindre ouvrier mange à sa faim et décide d’aller, pauvre, loqueteux, se présenter et dire « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes serviteurs, sauve-moi seulement de la famine ».
Et après le scandale ressenti devant le comportement du Fils c’est à présent la stupeur devant le comportement du père que nous pouvons ressentir.
Dimanche dernier nous avions déjà entendu par une autre parabole de Jésus, combien Dieu était incroyablement bon, c’est l’histoire d’un roi invitant au festin des noces de son Fils. Le roi de la parabole – et nous comprenons qu’il s’agit de Dieu – décide d’envoyer ses serviteurs sur les places et dans les rues. Tous, n’importe qui (!), tous ceux qui étaient rencontrés, étaient invités à se joindre au festin. N’importe qui… vous vous rendez bien compte de la situation et des mentalités des « n’importe qui »… Le roi est généreux, le roi invite, il ne tient pas compte du passé, il tient compte de la réponse !
 
Dans cette parabole du Fils prodigue le rôle de Dieu est tenu par le Père. Et c’est à nouveau un amour incroyable qui se déploie devant nous. Ce bon à rien de Fils est de retour, il l’aperçoit au loin, il espérait ce retour, et sans hésiter… (Nous ferions la morale : « Nous te l’avions bien dit, maintenant tu n’as qu’à payer pour ce que tu as fait », etc.) Sans hésiter, il se jette à son cou tant il est content que son Fils soit tout simplement vivant. Il frappe dans les mains, fait venir ses serviteurs, lui donne des très beaux habits, couvre ses mains de bijoux, lui rend son statut de fils et décide de dépenser ce qu’il avait en réserve parmi ses meilleurs animaux ! Encore un festin, comme la semaine dernière.
 
La deuxième prise de conscience nous est destinée. Dieu ne nous ressemble pas, il est dans la liberté qu’il nous accorde et, dans sa générosité, se montre tout à fait incroyable. Dieu nous laisse toujours libres, mais ce n’est pas le péché et la dénonciation du péché qui l’intéresse, mais c’est la vie, d’être rendu à la vie qui lui importe.
Quand nous confessons nos péchés, ici ou chez nous, ce n’est pas une liste qui intéresse Dieu, ce ne sont pas non plus les reproches qu’il pourrait nous adresser qui le retiendront, ce n'est pas notre front penché qu'il regarde, mais c’est le retour à la vie qui, de loin, de très loin, est décisif. Confesser ses péchés, ce n’est pas une humiliation, mais c’est l’humilité de reconnaître que nous nous sommes égarés. Certains seraient lents à accorder un pardon, mais au cœur sincère, au cœur vrai, le pardon est accordé, simplement, immédiatement.
 
La deuxième prise de conscience est donc celle concernant l’image mentale que nous nous faisons de Dieu. Dieu ne ressemble pas à une liste d’interdits, Dieu n’a pas un visage fermé. Dieu n’est pas comme nous, c'est-à-dire lents à aller vers quelqu’un qui autrefois a fait ceci ou cela de mal. Si nous sommes enfants de Dieu nous irons avec simplicité et nous ferons toujours tout ce qui favorise la vie, ce qui permet le retour à la vraie vie.
C’est pourquoi nous accueillons ici, et dimanche après dimanche, celui qui croit un peu, celui qui croyait hier, celui qui croit en hésitant, celui qui croit partiellement, celui qui croira demain, celui qui ne sait pas bien ce qu’il croit, celui qui dit toujours aux autres ce qu’il faut croire ou ne pas croire. Etc.
Nous n’avons pas la vérité, mais nous sommes accueillis par elle, nous sommes entraînés plus loin par cette bonté de Dieu. L'Eglise étonnante et formidable, c'est exactement cela !
 
Reste la dernière prise de conscience, la troisième prise de conscience.
Pour ce faire, il faut rappeler le contexte de cette parabole. Jésus était entouré d’auditeurs, il était entouré de tous ceux « qui allaient au Temple, les spécialistes de la religion, ceux qui disaient justement ce qu’il fallait faire et ne pas faire, ceux qui condamnaient ou qui permettaient... »
L’on voit ici à quel point le christianisme et surtout le protestantisme sont  révolutionnaires. Chez nous, pas de liste de péchés. Pour les vêtements ? Mettez ce que vous voulez ! Pour les prescriptions alimentaires ? Il n’y en a pas, mangez de tout. Pour la sexualité ? Mais oui vivez toutes ces joies dans le cadre du mariage.  Pour les dons en argent ? Que chacun donne comme il l’a résolu en son cœur !
Quel changement, quelle liberté. Pas une liste mais un mouvement.
 
Jésus fréquentait les gens « pas bien »…  Nous fondons de tendresse quand nous voyons Jésus dire « Laissez venir à moi les petits enfants ». Mais ici la tendresse de Dieu se manifeste aussi quand il semble nous dire « Laissez venir à moi les paumés, les ratés, les détruits, les rejetés . Laissez venir à moi ceux qui ont gaspillé, ceux qui ont déçu, ceux qui, a un moment, ont choisi le mal. » et cela me permet de dire, moi qui suis un ancien aumônier des prisons, que la prison n’est pas destinée à casser un homme ou une femme, mais à le priver de capacité de nuire – de sa liberté – et de l’aider ensuite à prendre conscience, à le diriger vers ce qui est la vie, la vraie vie. Si nous parvenons à « casser » le détenu, à quoi sera-t-il bon quand il sera dehors ? Il faut tenter de le diriger vers la vie. Oui il faut le tenter et le retenter.
Jésus parle ainsi à la fois aux religieux, nous dirions aujourd’hui aux pasteurs et à tous ceux qui courent à l’Eglise. Il s’adresse aussi aux ratés, à ceux qui sont défavorisés, même à ceux qui ont parfois fait pis que pendre. Nous nous dirions pour « ces gens-là » il ne faut pas dépenser d'argent, il faut favoriser les bons élèves, les bons éléments. Mais le père de la parabole lui donne de nouveaux habits et met de l'or à ses doigts...  Alors…
 
Frères et sœurs, le salut n'est pas magique car il a consisté en une série de prises de conscience.
 
D'abord cet amour de Dieu pour les marginaux, pour les faibles, pour ceux qui s’égarent ! Ensuite ce pardon et cette générosité qui nous déstabilisent tant.
Le salut consiste en une série de prises de conscience.
 
Pour être sauvé en fait il faudrait que nous prenions conscience de quelque chose qui nous échappe. Il faudrait prendre conscience que dans tel ou tel domaine nous sommes dans l'erreur, plus ou moins profondément. Ce qui vaut pour vous vaut évidemment aussi pour moi. De quoi devrais-je donc prendre conscience ?
Pour une prise de conscience il faut parfois un accident de la vie, parfois un drame. Ici ce matin nous ne pouvons proposer qu’un temps de silence pour une prise de conscience. Je vous propose donc un temps de silence, un temps de réflexion. Et en voici le sujet :
-         De quoi suis-je absolument sûr dans la vie ou dans la religion ?
 
 
Les scribes et pharisiens pensaient être dans le vrai du vrai, dans la justice de la Loi : permis, interdit, bien et mal, bons et mauvais, fréquentables et non fréquentables, etc… Ils étaient absolument sûrs d’eux ! Pas de doute, ils étaient l’expression même de la volonté de Dieu ! Des fous qui pensaient posséder Dieu, jusqu’à l’enfermer dans des textes de loi…
 
Le frère aîné quant à lui ne connaissait que le travail et l’obéissance. Pas de fête mais la rigueur, la discipline, la soumission. Pas de doute pour lui non plus, il était dans des certitudes inébranlables.
 
Deux personnes par contre sont en mouvement, le fils dans son éloignement et dans son repentir, et puis le Père qui se jette à son cou.
 
Reprenons tout ce dont nous sommes sûrs dans le domaine de la foi et de la vie.
-         De quoi suis-je absolument sûr dans la vie ou dans la religion ?
 
Quand les positions sont indiscutables, même Dieu, provisoirement, ne peut rien faire. Quand on est sûr il n’y a de la place pour rien ! Bloc sur bloc, pas d’interstices ! Cependant Dieu raconte des histoires pour nous mettre en mouvement. Il raconte le mouvement de l’Evangile, ces bras que se jettent autour du cou, cette tendresse qui va vers celui qui est perdu pour lui permettre d’arriver à vivre.
 
Alors tout ce dont nous sommes absolument certains, ce à quoi je vous ai demandé de réfléchir intérieurement, il nous faut vérifier que le mouvement de l’amour passe bien par là, que nous sommes dans le mouvement de l’amour et non dans la guerre des tranchées.
 
Oui Dieu ne cesse de nous convertir, nous les pasteurs, vous les paroissiens, nous qui peut-être vivons sur des positions et non dans un mouvement.
La sécurité et la fidélité ne consistent pas à faire ce qu’on a toujours fait, ça c’est une position. La sécurité et la fidélité consistent à rester dans le mouvement de l’amour.
Et quand vous verrez un coupable, peut-être votre enfant, votre voisin, votre collègue, votre conjoint, etc. baisser tant soit peu sa garde, n’ayez pas le front de leur dire que vous aviez raison, mais laissez place à la parole et le mouvement de l’Evagile. Faites découvrir cet amour fou de Dieu !
 
Vivrons-nous ainsi ?
Amen, c’est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.

Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 14 Juillet 2011
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