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Jésus, la danse et la pesanteur

La loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venus par Jésus-Christ
Jean 1 v 17



Jésus, la danse et la pesanteur
Chers frères et soeurs

En introduction nous rappelons que les protestants ayant une culture religieuse se souviennent des immenses questions, des intenses débats soulevés par ces thèmes, débats qui ne sont pas terminés. Le rôle de la loi de Moïse et le rôle de la grâce... C'est l'apôtre Paul qui voulut souligner la différence fondamentale entre les deux réalités.
Paul parlera de la loi de Moïse de manière négative, et nous autres protestants nous avons retenu l'affirmation que la grâce seule donne une véritable liberté, elle nous sauve de la situation de péché.
A présent commençons.

Commençons par dire qu'une loi, un faisceau de lois, s'impose toujours à une collectivité. Il n'y a pas de vie commune, de vie en société, sans qu'elle se dote de lois. C'est l'équilibre des lois, les principes directeurs des lois, qui en font la qualité et même la fierté.
Les grands empires du temps d'Israël avaient déjà des lois de qualité et ce qui devait justement distinguer Israël des autres pays, c'est la qualité de sa loi. « La loi fut donnée par Moïse », cela signifie que Moïse fut un monument, le père fondateur, la pensée directrice, la hauteur, la largeur et la garantie d'une loi tellement parfaite qu'elle se veut d'inspiration divine.
Mentionner la loi ce n'est pas seulement mentionner un arsenal juridique c'est, dans une perspective biblique, c'est ouvrir un avenir pour le pays. Respectez cette loi et vous vivrez, oubliez la loi et vous mourrez ! Cette loi de Moïse indiquait à la fois ce qui était attendu de l'individu et tout ce qui était attendu du peuple.
Suivez la loi, c'est suivre le chemin voulu par Dieu, c'est la sécurité pour vous et pour tous.
Suivez la loi et le pays sera un pays de bonheur, dont les idéaux seront les meilleurs, les plus élevés.
Suivez la loi religieuse, car tout se tient et tout se passe sous le regard de Dieu.

A l'inverse le péché, c'est quand on ne respecte pas la loi, autrement dit quand je me mets en danger moi-même et quand je mets en danger la communauté dans laquelle je vis.
Ne pas respecter la Loi, c'est donner une place au mal, c'est vivre en se plaçant hors du chemin tracé par la loi.
Ne pas respecter la loi, c'est pécher, c'est rater le chemin, c'est oublier la destination. Se croire au-dessus de la loi, c'est se croire au-dessus de Moïse et se croire au-dessus de Moïse c'est se croire au-dessus de celui qui a fait écrire les lois, de Dieu lui-même !

Pourtant l'apôtre Paul en fait le bilan. La loi, qui donne le sens et le chemin, est sainte, juste et bonne. Il l'a écrit. La loi est sainte, juste et bonne, mais alors où est le problème ? C'est qu'à trop valoriser la loi, à trop donner l'importance aux règles et aux interdits, on produit le contraire de ce qui est attendu. Les uns vivront dans la crainte perpétuelle – ne pas faire ce qui est interdit - , tandis que d'autres vivront dans la sévérité perpétuelle - je ferai coûte que coûte observer la loi -.
Si je vis dans l'obsession de la loi je n'ai plus qu'une obéissance servile, stérilisante. Je deviens un spécialiste des règles, mais je ne vis plus vraiment.

Pour les collégiens ! Prenons l'exemple du collège. Si un élève vous récite tout le temps de règlement intérieur, c'est assez vite lassant et surtout obsessionnel. On se demandera vite quel est son problème, personne n'aime le règlement à ce point là, il est juste indispensable, on le cite uniquement quand on en a besoin.


Prenons l'exemple d'un sport. Connaître les lois du football est utile, c'est même indispensable, mais le but de la pratique d'un sport collectif, c'est de pouvoir jouer et pas de réciter les règles ! C'est le jeu, la qualité du jeu, le plaisir du jeu, le sens de l'exploit sportif qui sont recommandables. Le but des règles est de favoriser le jeu et non de réciter les lois.


Mais revenons à la religion, précisément quand une religion devient la spécialiste de centaines de lois. Je vais être plus explicite pour que chacun comprenne. Que disent les religions qui mettent en avant les lois ? Elles édictent des centaines de lois. Par exemple: que faut-il manger, que faut-il porter comme habillement, comment vit-on en mariage, qu'en est-il de la sexualité, combien de temps a-t-on le droit de voir la télé, qui a-t-on le droit de fréquenter, combien d'argent dois-je donner, à quelle heure dois-je dire mes prières, quels sont les efforts physiques que je suis autorisés à faire le jour du sabbat, puis-je vivre dans la même pièce qu'un homme ou qu'une femme.
Et plus encore...
Comment doit-on se comporter avec un malade, quels sont les rites autour de la mort, quelles sont les observances quant aux fêtes religieuses, suis-je impur durant mes règles, quand peut-on avoir des rapports sexuels, quelle est la soumission attendue tant que je vis chez mes parents. Si je vis chez mes parents, en couple, quelle sera mon obéissance ?
Nous pourrions sans difficulté aucune rallonger sur des pages et des pages les règles de certaines religions ou confessions.

Nous pourrions développer toutes ces questions citées en vrac, mais cela devient mortel quand on pense que derrière chaque question se tient en plus la notion non seulement d'erreur, mais aussi de péché, de faute, de punition. A chaque faute, c'est la menace de l'enfer, de l'humiliation, de la correction.
L'apôtre Paul a bien écrit que la loi est sainte, juste et bonne mais elle peut conduire à l'impasse, à la stérilité, Paul dit même qu'elle conduit à la mort !


La grâce et la vérité sont venus par Jésus-Christ. Moïse a donné la loi, un ensemble de préceptes pour diriger tout un peuple. Il a nommé des juges pour ne s'occuper que des affaires les plus importantes. Il a édicté de bonnes lois pour l'époque, résumées de manière centrale par les dix commandements. Nous avons dit à quel point tout cela peut être pesant. Parlons à présent, à l'inverse, de ce qui est léger.


Si la loi évoque la solidité et la rigidité de la pierre, du fer ou du béton, la grâce quant à elle évoque ce qui est aérien, ce qui est léger, ce qui flotte, ce qui danse. La grâce évoque la beauté du danseur, elle évoque ce qui est nécessaire pour que la vie soit possible, elle évoqué l'élan qui nous pousse vers l'humanité, vers la vie. Souvenons-nous, quand les juifs ont présenté la femme adultère à Jésus, ils demandèrent l'application de la loi : la lapidation !
Jésus est allé au-delà. ...Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre... Va et ne pèche plus...

Reprenons l'exemple du collège, après quoi nous prendrons l'exemple du détenu. Quand un élève est en échec, durant un temps le règlement peut servir à un rappel à l'ordre. Mais la grâce est dite quand l'élève est rencontré plus en profondeur, plus en vérité. S'il y a un échec c'est aussi une aide que l'on peut apporter. C'est une aide supplémentaire à mettre en place, c'est un dialogue qui s'ouvre, c'est une écoute plus profonde. Dans tout système il faut de l'air, de l'humanité, de la souplesse, et surtout voir plus loin que le bout de son nez.

Quand quelqu'un file un mauvais coton et qu'il s'engage sur la voie de la délinquance. La loi est bien là pour dire ce qu'il faut faire. Une sanction est prévue pour toute transgression, il n'y a qu'à l'appliquer ! Mais la grâce dit tout autre chose. D'abord, et là aussi, c'est une rencontre avec l'homme ou la femme, on tente une prise de conscience, un avertissement est donné. Ensuite ce sont des peines avec sursis qui sont prononcées ensuite, même dans le cadre d'une condamnation ce qui prime – ce qui devrait primer – ce n'est pas de punir autrement que de la privation de la liberté, c'est d'arriver d'une manière ou d'une autre à préparer la sortie de la prison. Il faut se donner toutes les chances afin que la vie soit retrouvée, celle avec les autres, celle qui respectera la loi. La loi sans la grâce est invivable.

Collège... détenu... mais que dire dans notre contexte de vie à nous ? L'actualité nous fournit aussi ce qui est du ressort de la grâce. Elle s'exerce en ce moment en faveur des Haïtiens. Qu'importe l'histoire du pays, qu'importe si nous ne les connaissons pas, qu'importe la distance qui nous sépare d'eux, ce qui compte est de montrer une proximité, d'apporter de l'aide et toutes sortes de secours. Ce sont des hommes et des femmes dans la souffrance, et cela suffit pour nous décider à agir. Oui en tout lieu nous pouvons placer la grâce.

J'en termine. La loi et les règles offrent une certaine vision de la sécurité mais la grâce et la vérité sont venus par Jésus-Christ. A nous de laisser la loi à sa place et d'aller résolument vers ce que Dieu veut nous permettre de vivre.

La loi et les règlements fixent ce qu'on attend d'un chrétien, d'un paroissien, d'un conseiller presbytéral, d'un catéchumène, d'un pasteur. Il ne s'agit pas d'oublier la loi ni, par exemple, du devoir de sanctifier le jour du Seigneur. Mais la grâce permet d'aller accomplir la loi et d'offrir la vie.
Le coeur de notre religion ne consiste pas en des règlements mais, tout en vivant le respect des lois, de les surpasser par l'orientation et les attitudes que donnent l'amour. Aucun de nous n'est libre de faire ce qu'il veut, nous sommes tous placés devant ce que nous impose la fraternité.

Que nous dirigent la volonté d'aider, la volonté de service, tout ce qui favorise la vraie vie !


Frères et soeurs, vivrons-nous ainsi ?
Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.

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