Chers frères et sœurs
Jésus parle en parabole, ces paraboles – petites histoires – faciles à comprendre et à mémoriser. C’est une parabole car elle permet à chacun d’entre nous d’entrer précisément dans cette histoire-là. Ces histoires ont été dites exactement pour cela. J’écoute une parabole et j’ai à tester mon intelligence. Je suis l’un des personnages de l’histoire ? Lequel ? Il y a d’autres personnages dans l’histoire, en réalité, mais de qui Jésus parle-t-il ? C’est comme une devinette, une petite énigme qu’il faut s’attacher à résoudre.
L’histoire se déroule, je suis entraîné, je suis avec les autres, me voici en un point ou je dois choisir… quel sera mon choix ?
Les paraboles m’entraînent et même si elles impressionnent ou font sourire, elles demandent, encore plus clairement que d’autres textes bibliques, à nous situer, à décider, à nous placer d’un côté ou d’un autre.
Nous avons écouté la parabole du grand repas de mariage.
Un roi organise un mariage, tout est prêt, on n’attend plus que les invités.
Facile à comprendre !
Les invités s’en fichent ! (C’est pourtant le roi qui les invite ! ) Pour quelle raison ne viennent-ils pas ? Le travail à la maison, le travail professionnel. Et surprise encore plus grande, ceux qui invitent sont rossés, et même tués !
Surprise totale !
Le roi se fâche (on le comprend !) ces gens sont punis, tués, et leurs maisons incendiées.
Là, tout tourne à l’horreur, une invitation à la fête se termine par des morts de part et d’autre !
Le roi tient à marier son fils et il cherche d’autres invités. Comme les premiers sont morts, le roi indique « prenez n’importe qui, tous ceux que vous trouverez ! Les serviteurs font venir n’importe qui, les bons et les mauvais ! Et la salle de fête fut remplie de monde.
Je pense que pour nous c’est étrange de remplir la salle de fête de n’importe qui… Vous imaginez bien le genre de personnages qui étaient réunis là… Il y avait de tout, mais aussi de sacré cocos… Enfin, la salle étaient remplie et c’était là l’essentiel. Les apparences étaient sauvées, et les sujets du roi étaient réunis.
Le roi entre et les gens saluent, s’inclinent. Le roi avait bien dit aux serviteurs « invités indistinctement bons et mauvais mais il s’arrête devant un homme dont il n’admettait pas la présence. Pourquoi, car il n’avait pas d’habit de fête. Le roi le fait mettre à la porte, il le fait même attacher et jeter dans le noir, peut-être un cachot ? On ne sait. On sait par contre qu’il va continuer à souffrir et à grincer des dents.
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Voilà chers amis notre histoire. Que faut-il en faire ? Les paraboles sont des histoires dont je fais partie, je suis l’un des personnages de l’histoire… Alors qui suis-je ? C’est à chacun de répondre et dans le cadre d’un partage biblique nous pourrions en discuter longuement.
La première idée qui me vient à l’esprit est d’appliquer cette parabole à Jésus. En fait, Jésus parle de lui de manière indirecte.
Celui qui est venu envoyer des serviteurs, c’est Dieu. C’est Dieu qui a envoyé des prophètes tout au long des siècles, et très souvent les serviteurs de Dieu ont été molestés, parfois torturés, parfois mis à mort.
A présent Dieu envoie son Fils, c’est le mariage, c’est la fête, c’est tout un chacun qui a juste titre devrait se trouver honoré d’être invité. Le Père présente le Fils, mais les invités ne reconnaissent pas l’autorité du roi, ils s’en fichent et vaquent à leurs affaires. Ils se montrent violents envers les envoyés, ils seront violents envers le Fils.
D’autres, qui n’étaient pas prévus dans l’histoire, les païens, seront appelés, seront élus, indistinctement. C’est totalement hétéroclite, c’est disparate, sans homogénéité. Des gens de toute langue, toute couleur, toutes histoires, sont invités à répondre à l’appel du roi. Ils viennent, mais un discernement se fera tout de même. Celui qui n’a pas d’habit de fête sera jeté dehors.
L’habit dans les religions veut souvent exprimer l’attitude intérieure. Charlène et Kate se sont habillées de blanc. Nous avons peut-être revu le défilé de chapeaux, de robes, de costumes, de jaquettes, etc. Mais ce qui compte c’est que l’habit exprime bien une réalité intérieure, celle de la joie, celle de la fête, celle de la profondeur, celle de la communion avec celui qui organise la fête. Dans la parabole, à mon sens, celui qui n’a pas l’habit n’a pas l’attitude intérieure. Il n’a pas sa place, il est jeté dehors.
Quelle est ma place dans cette parabole ? J’ai été invité, je me trouve en présence du roi, au milieu de tous les autres invités et c’est le statut de la religion et de ma foi personnelle qui est interrogés. Se tenir là sans vraiment y être n’est qu’une illusion qui sera dévoilée.
Cette parabole peut donc être lue comme si elle racontait l’histoire du peuple juif qui n’a pas reconnu le Messie, et l’Evangile sera donc annoncé aux païens, au monde entier.
Cette parabole peut aussi être lue comme étant l’histoire de l’Eglise. L’Eglise invite ses membres, elle organise ses temps forts, elle propose cultes, concerts, fêtes et rencontres. Les gens nous répondent : le travail à la maison, le travail professionnel, et encore bien d’autres excuses. Les serviteurs reviennent souvent à vide (même s’ils ne sont pas molestés dans cette interprétation)
Pourtant, l’appel au sens, l’appel à la vie, à la communion, à la fraternité ne peut être tu. Cet appel parcourt inlassablement les rues, et tout un chacun peut l’entendre. C’est aussi ainsi que de nouvelles Eglises naissent, que les traditions sont laissées, que de nouvelles spiritualités se développent. Quand cela a lieu dans l’Eglise, c’est une manière de prier, de partager, de travailler qui se développe.
Quand le Fils n’est pas reconnu, c’est peut-être en lien avec l’apparition du protestantisme ? Quand le Fils n’est pas reconnu, cela correspond peut-être à l’apparition de nouvelles Eglises qui veulent que très fortement le Père et le Fils soient reconnus dans leur amour et leur unité.
C’est aussi pourquoi dans nos Eglises, nous acceptons n’importe qui.
Celui qui croit un peu,
celui qui croit beaucoup,
celui qui ne croit que parfois,
celui qui croit lentement,
celui qui ne sait pas ce en quoi il croit
et même celui qui ne croit pas du tout.
A l’exemple de cette parabole, l’Eglise accepte indistinctement. Un appel retentit, chacun peut venir. L’Eglise ne fera pas le tri, c’est le roi qui le fera. Voilà pourquoi notre Eglise, contrairement à d’autres, a un accueil aussi large, aussi ouvert, aussi fou ! Il faut que chacun soit invité. Charge à chacun de mettre l’habit de fête. C’est le roi qui distinguera et regardera si l’habit de fête est porté.
Frères et sœurs, nous sommes de cette histoire, de cette parabole, et nous avons un habit de fête à porter. Loin d’être superficiel, il correspond sans doute aux béatitudes, au pardon, à la liberté vis-à-vis de l’argent, de la corruption, de la tentation de dominer. L’habit de fête à porter nous a été donné au moment de notre baptême : le vêtement blanc signifie que nous sommes purifiés du mal, du passé, de tout ce qui accuse. Le vêtement blanc est un cœur en fête, apaisé envers lui-même, apaisé envers les autres car eux aussi ont cet habit blanc. Frères et sœurs que ferons-nous ? Et c’est à nous de répondre :
L’appel à la vraie vie nous l’avons entendu, nous l’avons reçu. Plus que les tâches domestiques, les charges professionnelles et les propositions d’une société de consommation, nous nous attacherons à ce qui est vrai, lumineux, qui traverse les siècles et qui nous sauve.
Frères et sœurs, vivrons-nous ainsi ?
Amen, c’est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.