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Prédications 2009
Changeons de refrain !
Lecture de l’Evangile de Luc 1 v 57 - 76
Chers frères et sœurs Le récit du jour nous amène à écouter une belle histoire, celle d’un vieux sage, d’un fidèle, d’un prêtre expérimenté qui n’est pas dans la précipitation de l’action, mais il est assis. Nous avons envie de nous asseoir à ses pieds afin qu’il nous raconte son histoire, qu’il éclaire notre vie par ses commentaires, par ses anecdotes. Nous sommes au Temple et nous le regardons lui dont les cheveux sont blancs, le regard est vif mais… il ne parle pas. Il ne peut plus parler alors les gens viennent par respect, étonné de l’étrangeté de ce mal. Pour eux rien de ce qui arrive n’est dû au hasard, tout est signe qui a besoin d’être interprété, ils en conclurent vite que c’était du fait qu’il avait eu une vision. Un prêtre qui devient muet au moment où il se tient dans le lieu saint du Temple, non ce n’est pas un hasard. Et la vision, ce qu’on voit n’est pas toujours commentable, ce que l'on comprend n’est pas explicable, ce qui est transmis n’est pas tranmissible, du moins pas tout de suite. Zacharie est donc muet, mais pendant qu’il se tait une annonce, une parole prend vie, prend corps, s’incarne. Une parole en mouvement roule, bientôt elle déboule, elle va bouleverser, emmener, déséquilibrer, transporter. Cette parole qui coulera comme une eau dans un désert va désaltérer, cette parole va donner la vie, changer les destins, offrir de nouveaux matins. Oui Zacharie est assis, muet. Mais bientôt il ne pourra plus se taire car tout se met en marche. Pourquoi Zacharie est-il muet ? Certes, l'ange l’avait annoncé et nous le savons par la lecture de l’Evangile, mais au fond Zacharie n’était-il pas déjà muet avant cet événement ? Muet comme tous ceux qui croient en Dieu et qui ont lu… Qu’autrefois Dieu avait agi, autrefois Dieu s’était souvenu, autrefois Dieu était intervenu en faveur des pères, du peuple, menant hors de l’esclave, agissant du temps des rois. Autrefois, oui autrefois… et il avait sans doute passé du temps à raconter aux catéchumènes comme aux adultes ce que Dieu avait fait autrefois, et les croyants de tout âge posaient des questions sur « l’aujourd’hui de Dieu » sur le silence de Dieu, sur les guerres perdues, sur l’humiliation romaine, sur la souffrance du peuple… oui Zacharie était déjà muet. Et c’est bien en cela que nous sommes tentés de nous reconnaître en lui quand nos propres interrogations montent dans nos cœurs. Dieu aujourd’hui… une tristesse - pour le moins- s’empare de nous. Nous évoquons le passé, nos temps anciens, et nous ne savons que dire. Non nous ne pouvons pas penser ou vivre comme des incroyants. Oui nous parlons du passé, des hauts-faits et de l’histoire. Comme Zacharie, ne sachant que dire, nous perpétuons les rites, nous efforçant de maintenir les institutions, accomplissant des devoirs et peut-être qu’avec l’âge nous devenons comme lui, des croyants « assis ». Je voudrais continuer à méditer et à scruter ce que la Bible nous dit de Zacharie. Il faut parfois ne plus savoir voir, perdre la vue, pour découvrir ce que les yeux ne discernent pas. Il faut parfois s’asseoir pour réapprendre à marcher, il faut peut-être devenir sourd pour entendre ce qui est intérieur. Peut-être faut-il se taire longtemps, quitte à être un temps muet, pour être à nouveau régénéré, et être saisi par le poids des mots. Zacharie était vieux, croyant sincère et pourtant quand Dieu décida d’intervenir, quand il mit en route l’annonce de la venue de Jésus, Zacharie eut d’abord un mouvement de frayeur, puis d’incrédulité, car c’est bien connu, nous le disons encore aujourd’hui face à une annonce nouvelle ou une tentative : « ce n’est pas possible » ou encore « ce n’est pas rationnel, donc ça ne marchera pas ». Mais à présent Zacharie est debout, rempli du Saint Esprit et il se met à parler, la parole coule, il se met à prophétiser, se met à dire non seulement ce qu’il voudrait dire du haut de son expérience, de sa formation, de ses fonctions, mais voici que l’Esprit parle à travers lui. C’est le cœur qui déborde, alors qu’il était depuis des mois dans le silence, Il exprime à nouveau l’unité de la vie, L’unité de la foi, de la compréhension, de l’histoire. Alors que tant de croyants s’interrogeaient, se demandaient avec inquiétude, avec douleur, pourquoi Dieu n’était plus au milieu de son peuple - comme autrefois -, voici que tout est écrit, que tout « coule », tout est lié, tout est construit, joyeux. « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple » Ce qu’il avait annoncé autrefois par ses prophètes, voici qu’il l’accomplit » Et Zacharie annonce non seulement le ministère de celui que nous connaissons par le nom de Jean-Baptiste, mais surtout la venue de Jésus, la sainteté de cet enfant, la délivrance qu’il apportera, et par lui la proximité de Dieu. Zacharie et ses amis se tenaient dans le passé, dans la continuité, dans le rite et l’espérance douloureuse. Zacharie devait être le nom de l’enfant, mais cet enfant portera un autre nom, il s’appellera Jean, « Dieu fait grâce ». Son nom est un exaucement, son nom est une mise en route, son nom est un chemin. L’évangéliste Jean écrira que la Parole est venue pleine de grâce et de vérité et qu’elle donne le pouvoir à tous ceux qui croient en son nom de devenir enfants de Dieu. Cette scène ancienne se passe ainsi sous nos yeux et nous sommes invités à sentir comment Zacharie est entraîné dans le mouvement de l’Evangile. Il a reçu, compris, il adhère, il croit, il jubile. Et cette école du silence dans laquelle l’ange l’a mené, il va la transmettre à son fils Jean. Ce dernier avant d’annoncer la venue du Messie, avant de mener ses contemporains au baptême de la repentance, va s’enfoncer dans le désert. Il va être formé non comme orateur-discoureur, non comme sacrificateur, non comme spécialiste des rites et de l’histoire, mais dans le silence et la rudesse du désert. Jésus saluera la personne et l’œuvre de Jean-Baptiste. Il n’en est pas de plus grand ! Et Jésus aussi, avant d’être la Parole aussi extraordinaire, va, lui aussi, entrer dans l’école du silence, il va apprendre à laisser mûrir, dans la solitude et l’hostilité, la vocation la plus profonde. Et puis se présenter… et tout en découlera. Frères et sœurs ce culte ne se veut pas désert, mais avant d’être le lieu de la parole, il est le lieu qui veut recueillir le passé, les souffrances et les espérances. Avant d’être réponse, il est accueil des réalités de la vie. Avant d’être l’eau désaltérante, il faut la conscience de la soif qui nous habite et qui habite tout ce monde. Avant la réponse, il faut être entièrement saisi par la question. Avant d’annoncer Noël il veut un chemin qui y mène. Avant d’annoncer les festivités et la joie, il demande la préparation. Avant que ne s’élève le chœur des anges il demande le silence de la nuit et des bergers. Peut-être l’inquiétude vient-elle de la répétition, de la lenteur, de la pesanteur ? Peut-être l’inquiétude vient-elle de ce regard vers le passé, cette nostalgie qui nous tenaille, les noms d’amis qui ne sont plus ? Peut-être notre silence exprime-t-il ce cœur lourd ? Zacharie a pu parler dès lors qu’il écrivit sur une simple tablette le nom de son Fils « Il s’appelle Jean « Dieu fait grâce ». Peut-être pourrions-nous nous aussi simplement dire le nom qui délivre, le nom de l’homme qui est notre espérance, le nom de celui qui veut entraîner le monde entier. Peut-être en le prononçant verrons-nous nous aussi tous les personnages, qui constituent le cadre de nos vies, entrer dans le mouvement qui jaillit, qui entraîne, qui sauve. Peut-être allons-nous le prononcer ce nom, ici dans la prière, là dans le témoignage, ailleurs par le geste concret, chaleureux, fidèle, fraternel. Car toute la puissance de Dieu a été mise en ce nom, ce nom devant lequel tout genou fléchira. Dans l’histoire du monde, dans l’histoire de notre Eglise, dans l’histoire de nos vies, sitôt que l’on prononce son nom il est présent. Amis changeons de nom, changeons de refrain, son nom ne sera pas Zacharie mais Jean, bientôt tous ces croyants s’appelleront du beau nom du sauveur, les chrétiens. Zacharie avait fidèlement répété le passé, fait ce qu’il fallait faire, et comme lui nous agissons dans l’Eglise, pour elle, à cause de la foi, à cause des valeurs, des principes de l’Evangile. Mais Zacharie est entré dans une plénitude, une joie intense, dans un jaillissement d’espérance. Que ces semaines éveillent nos cœurs et que l’Esprit ouvre nos yeux, nos oreilles, nos bouches. – tout notre être – Prononçons son nom et puissions-nous comprendre qu’il est avec nous, parmi nous ce matin, qu’il est le compagnon radieux de tous nos jours. Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 27 Décembre 2009
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