Chers frères et sœurs,
le récit de ce dimanche nous met en présence d'un enfant épileptique guéri par Jésus que ses disciples n’avaient pas, quant à eux, réussi à guérir.
Le père, interrogé, décrit les crises passées alors que tous assistaient justement à l'une de ces crises, à ces convulsions qui agitaient l'enfant. Le père avait jusqu'ici veillé sur son fils, il l’avait sauvé de l’eau et du feu. En effet il est fréquent que les personnes sujettes à des crises se débattent violemment en perdant complètement le contrôle de leurs gestes, de leur mouvement, de tout leur corps. Les symptômes décrits pourraient correspondre à l'épilepsie.
A notre époque, nous avons l'habitude de ces mères « courage » qui déplacent les montagnes, qui tiennent bon coûte que coûte, qui repartent inlassablement et qui font notre admiration. Ici c'est un père qui suit l'enfant, et ce depuis des années, il veille sur lui, le protège et cherche inlassablement un secours. Un Père « courage ».
Rappelons qu'autrefois, quand on était malade, l’on ne parlait pas de virus, de microbe ou de génétique, l’on mettait immanquablement en avant la faute commise ou les démons qui s’introduisaient de force en quelqu’un. Quand une force extérieure nuisait, rendait asocial, fou ou dangereux, c’était dû aux démons. S’évanouir brusquement, avec des convulsions, c’est donc l’œuvre d’un démon qu’il fallait chasser. Les disciples n’en avaient pas eu la force…
Le texte nous place devant l'échec, devant tous les échecs de nos vies, aussi devant les échecs de l’Église. Echec du père « courage », échec de tous. De plus tous étaient perdus dans les discussions, les disciples ne savaient pas enseigner avec autorité comme Jésus le faisait. Les scribes et les gens étaient autour d'eux et l'on peut facilement comprendre que les avis et les contradictions se succédaient. C'est la confusion. Heureusement le maître, Jésus, survient et on lui explique la situation. Jésus chasse le démon, il guérit l'enfant, le rend au père et les disciples retrouvent un certain crédit auprès des témoins de la scène.
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Sans doute ressemblons-nous aux disciples de cette scène car, comme eux, nous sommes plongés dans le chaos, dans la distance qu'il y a entre nos discours et l’aide qu’il faudrait apporter, la distance entre nos théories et la faiblesse de nos gestes.
Comme les disciples nous sommes plongés dans la complexité, entourés de témoins qui s'adressent parfois à nous mais en réponse à leur quête nous sommes impuissants à libérer, incapables de joindre le geste à la parole.
Nous voudrions par exemple que notre société n'oublie pas Église, nous voudrions qu'il y ait nombre de baptêmes dans l'année et autant de confirmants !
Mais l’idée répandue est que le monde peut parfaitement vivre sans la religion. Qu’il est même préférable que nous autres français nous vivions bien mieux sans la religion.
De plus, la démocratie, le développement de toutes les sciences, de toutes les libertés, de toutes les garanties comme la médecine ou les assurances, rendraient la religion inutile.
Cela va tant et si bien que nous pouvons tenter des parallèles qui sont, a priori, étranges. Quand en France on tente de parler de religion on a l’impression de voir la personne en face de nous avoir une crise d’épilepsie. Le démon rendait l’enfant du récit biblique muet ? Là aussi, il semble que, même à Noël et à Pâques, il n’y ait rien à dire sur la foi des chrétiens.
Souvenons-nous, l’esprit s’emparait de lui n’importe où. Le démon le jette à terre, l’enfant écume, grince des dents et devient tout raide… Nous essayons parfois de parler de religion aux gens qui ne mettent plus les pieds à l’église et ils deviennent, eux aussi tout raides ! Grincent des dents, se jettent dans des diatribes ou contre nous ! Ils se cognent à tout ce qui évoque la foi ou Église !
Quand nous tentons de parler de Jésus oui l’esprit, de muet qu’il était, devient si sourd, comme dans le récit biblique. Placé au plus près de ce qui est au cœur de la foi, ce sont bien des violentes convulsions qui agitent les auditeurs. On entend bien des grands cris, comme dans le récit biblique !
Pourtant, nous abordons aujourd’hui le récit d’une guérison. Aussi voulons-nous prolonger le parallèle afin de voir si ce récit nous dit quelque chose du processus qui guérit.
Le père et l’enfant n’entrent pas dans une secte, ils expérimentent une aide, une délivrance. Il suffit de se tourner vers l’histoire récente, celle de la Pologne ou de l’Allemagne, pour comprendre que Église peut, elle aussi, être un facteur de progrès, de démocratie, de vérité, de lutte contre le mal ! Rappelons qu’avant la chute du mur de Berlin, les églises protestantes étaient les lieux de forum, de prière, de concertation, permettant la parole et permettant l’action. Le mur tombé, Église ne s’est pas installée au pouvoir. Église n’est pas une secte, elle doit être un espace de liberté.
On me dit parfois, « Pasteur, faites comme certaines Eglises évangéliques ou comme certains intégristes, il faut diriger les gens avec poigne. Il ne faut pas leur laisser le choix, il faut leur dire c’est comme ça et pas autrement ! Regardez pasteur ! Chez eux les Eglises sont remplies ! »
Pas question… Église n'est pas un lieu d'embrigadement, mais, répétons-le, un lieu où l'on est respecté à chaque étape de son parcours de foi. Se convertir, ce n'est pas capituler et devenir stupide, c'est aller vers la lumière, c'est monter, c'est aimer, c'est être de plus en plus libre ! Guérir quelqu’un, ce n’est pas l’aliéner religieusement.
Il arrive que pour, soi-disant aider des personnes, des mouvements religieux les rendent totalement captifs tant ils ne permettent pas la moindre pensée, la moindre velléité d’indépendance, de libre arbitre.
Ici, dans cette Église, on ne vient pas pour être soumis à Dieu et se taire, mais pour aller plus loin sur le chemin de la liberté, de la vérité et de la responsabilité.
Se tourner vers Dieu, c’est certainement marcher humblement avec son Dieu, mais ce n'est renoncer ni à l'intelligence, ni à l'initiative.
Revenons à l’échec. Peut-être sommes-nous ce groupe, certes proche de Jésus, mais n’ayant pas la capacité qu’avait Jésus… Le récit peut nous aider à aller plus loin. Le but que nous poursuivons est très élevé. Le but n’est pas de faire entrer quelqu’un dans l’église, ni de lui apprendre nos cantiques, ni de lui faire part d’une culture réformée ou luthérienne. Cela a bien un sens, mais c’est d’être placé en un face-à-face avec Jésus qui sera la réalité décisive.
Peut-être est-il tout simplement normal que nous ne puissions que venir avec les amis, les enfants souffrants, les accompagnant, les présentant à Jésus. Le véritable face-à-face a lieu à ce moment-là.
Là nous sommes bien ici au cœur de ce qu’est Église : le lieu de rencontre, le lieu où bat ce qui est central, le lieu où l’on comprend, où l’on écoute, où l’on se place devant la seule autorité qui puisse nous sauver : Jésus qui va déclencher une crise menant à la vie, nous donnant l’expérience de la liberté, de la vérité et de la responsabilité.
Et la crise de l’enfant épileptique, me direz-vous ? Justement, peut-être que la crise et les crises sont les meilleurs moments où l’on est à nouveau joignable. La crise c’est peut-être le moment où l’on ne se contente pas de vivoter et d’être satisfaits. La crise c’est le moment où l’on regarde à nouveau le monde avec plus d’acuité, on cherche autre chose, une vraie réponse !
Jésus nous le dit, le chemin menant à une guérison, à une amélioration, est parfois long : il faut la prière et le jeûne, autrement dit, il faut du temps, il faut une aide répétée, une présence assidue. Sauver, être soi-même sauvé, parvenir à conduire quelqu’un dans la vérité est un processus qui demande du temps.
Jésus prit la main de l'enfant, le fit se lever, il est mis debout. Dieu le père fera ce même geste envers son fils Jésus. Le troisième jour Jésus est ressuscité des morts.
Ce geste, d’être relevé, c’est ce que nous tentons de dire et de vivre lors de chaque culte, c’est cette parole en laquelle nous nous confions nous aussi, pour ceux qui sont morts comme pour nous-mêmes. Nous croyons qu’un jour il fera ce geste envers nous, tendra sa main et que nous serons relevés.
Frères et sœurs, vivrons-nous ainsi ?
Amen, c’est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.