Caricatures : Le rire, une insulte à Dieu ?
Bruno Holcroft | Mardi 6 Janvier 2009

Caricatures : Le rire, une insulte à Dieu ?
Les chrétiens sont-ils de ceux qui rient beaucoup ? Spontanément nous dirions sans doute que non. La religion est affaire de salut et pas de blagues ou de caricatures. Il suffit de rappeler le contenu de la religion : aimer son prochain, aimer Dieu, aimer le monde, aider les frères, faire grandir la confiance et l’espérance, engager les hommes et les femmes en une transformation du monde, leur donner des forces pour tenir dans les difficultés et les adversités. Comme on le voit il n’y a pas de quoi rire.

Pourtant, à fréquenter paroissiens et collègues pasteurs, le rire est bien présent, très présent. A la recherche d’un constat sur l’humour religieux il suffira, pour le vérifier, de chercher par un moteur de recherche sur Internet sous « humour juif » ou « humour protestant ». Nous trouverons quantité de blagues. Et l’humour musulman me direz-vous ? Il serait existant mais plus difficile à trouver, il serait à ce jour exprimé de manière orale.

Rire des autres est une pratique partagée par tous, rire de soi est bien moins universel. Mais comment se fait-il que l’on ose plaisanter de ce qui est difficile, dramatique, voire sacré ? C’est que l’humour permet d’exprimer ce qui est refoulé, ce qui est difficile à vivre, ce qui travaille nos esprits. Les contradictions qui nous minent de l’intérieur nous les exprimons également par le rire ; c’est le bol d’air de l’esprit. Si la chose choque il n’y a qu’à considérer certaines prières tirées des Psaumes qui expriment la haine, le souhait de mort de l’ennemi ou qui interpellent si vivement Dieu. Ce n’est pas une contradiction, c’est la soupape qui permet d’évacuer les tensions.

Le rire est-il dangereux ? Dans le film « Le nom de la rose » l’intrigue tourne autour de la place du rire dans le monde, dans la philosophie, mais aussi dans l’Eglise. L’un des moines demandait si le Christ avait jamais ri ! Evidemment la réponse sous-entendue était : non ! Le rire serait déformation du visage et de l’âme. Le rire serait du démon, du domaine de l’empire du mal.
Et les caricatures ? On peut les comprendre comme la même soupape de sécurité évoquée plus haut. Peut-être la société a-religieuse a-t-elle besoin de ce rire pour dire et évacuer ce qu’elle ne peut pas supporter ? Quand des courants religieux prônent la mort, ils créent contradictions, tensions et scandales ! Il faut bien des soupapes.

Est-ce une simple approbation des caricatures ? Certains rires sont sans doute redoutables et d’ailleurs l’injustice, la violence et la vulgarité de certaines d’entre elles nous font souhaiter qu’elles ne bénéficient pas de plus de publicité ! Par contre les caricatures humoristiques de dessinateurs, régulièrement à la Une des journaux, sont des moyens drôles et pertinents de croquer l’actualité; nous les avons tous acceptés.

Et le respect des religions ? La liberté de la presse ne peut pas être un rouleau compresseur niant le respect des hommes et des religions. Pour les protestants, et il faut souhaiter que ce soit le cas pour tous, une éthique de la liberté se conjugue toujours avec une éthique de la responsabilité. Gare, car sans elle les rires seront bien des grimaces.

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